À qui la faute?

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

On l’a entendu des millions de fois : on consomme trop. On travaille beaucoup pour se procurer des biens et des services sur une base quasi quotidienne. On l’a assez entendu (j’ai moi-même levé les yeux au ciel en l’écrivant). On connaît la Sainte Trinité du produit de consommation, qui s’applique aussi aux vêtements : manufacturier, détaillant, consommateur. On sait quel rôle on joue au sein de la société de consommation, dont on connaît les failles.

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Pourquoi, alors, les mêmes avertissements sont-ils répétés ad nauseam, et souvent en vain? Lequel des trois acteurs principaux est responsable de casser le cercle vicieux du vêtement jetable? Le changement doit-il découler du sommet ou provenir de la base? Il n’existe pas de réponse définitive à ces questions maintes fois soulevées, et il serait très naïf de penser arriver à un consensus. Je suis personnellement bourrée de contradictions, et très rebutée par le ton alarmiste de plusieurs. « Les dommages à l’environnement causés par notre société de consommation capitaliste avide de profit sont irréversibles. Les consommateurs sont volontairement inconscients! » me fait autant grincer des dents que « Si le consommateur arrête d’acheter, l’économie s’écroule. Apocalypse! ».

On peut soutenir que le consommateur est la clé du changement, car le phénomène offre/demande existe à cause de lui et pour lui. Par conséquent, le consommateur détient le pouvoir et la responsabilité d’amorcer la transition vers une production vestimentaire plus locale, plus éthique et plus écologique. Les entreprises n’auront ensuite d’autre choix que de s’adapter aux exigences du consommateur pour rester dans la course. La classe politique devra elle aussi faire écho à ces exigences en proposant un cadre juridique propice à une telle transition.

Je ne peux m’empêcher d’être tiraillée, même si ces arguments sont solides. Je demeure d’avis que LE CONSOMMATEUR (l’entité qui achète des affaires) porte un poids accablant qui n’appartient pas qu’à lui. Acheter, c’est voter, j’y crois aussi. Là où le bât blesse, pour moi, c’est qu’on a beau vouloir acheter de la façon la plus « responsable » possible, on doit tout de même choisir nos vêtements dans l’éventail (immense) de ce qui est offert. Et si l’offre découle de la demande, est-ce que d’autres facteurs interviennent dans les décisions des créateurs et des détaillants? Probable. À partir de là, j’ai de la difficulté à comprendre comment les consommateurs, même concertés, sont censés pouvoir renverser la vapeur à eux seuls.

Par ailleurs, je dois dire que je trouve souvent le discours écoresponsable culpabilisant. Les militants agressifs me déplaisent, même si je m’entends avec eux sur le fond. D’accord, les gens, même s’ils sont contre l’exploitation des enfants et la dégradation de l’environnement, n’ont pas envie de faire l’effort de changer leurs habitudes de consommation si rien ne les oblige. Le Bangladesh et le Cambodge, c’est loin, alors c’est facile d’ignorer ce qui se passe. Je pense aussi que les gens ne sont pas suffisamment au fait de ce qui se cache derrière la confection de leur garde-robe. Avec tous les moyens à notre disposition, on n’a pas vraiment d’excuse. C’est vrai, aussi, qu’on peut toujours consommer autrement, si on décide de s’y mettre : acheter moins, acheter seconde main, groupes de troc sur Facebook, bazars d’église… C’est tout à fait raisonnable. Pourquoi, alors, ce discours laisse-t-il un arrière-goût de condamnation? Pourquoi a-t-on souvent l’impression que le principe qui sous-tend les conseils en matière de consommation responsable est que « les gens » sont apathiques, voire cruels par omission?

Chaque citoyen a des responsabilités proportionnelles à ses droits. Néanmoins, les contraintes qui limitent bon nombre de consommateurs (manque de temps, d’argent…) sont bien réelles et pèsent autant les responsabilités dont on les accable. Par conséquent, peut-on vraiment reprocher aux gens de finir par se rabattre sur ce qui leur est offert par les détaillants et les manufacturiers?

Merci à Maryse Fournelle et à Musky pour leur temps et leurs propos intéressants.

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.