Et pourquoi pas La Gaillarde?

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Autant ne rien vous cacher : j’ai mis longtemps à m’intéresser au seconde main. Peu portée sur le magasinage, je n’avais aucune envie d’aller fouiller dans des montagnes de vêtements usagés dans l’espoir de trouver LA perle rare. Mes premières incursions dans l’univers du seconde main avaient malheureusement confirmé ma première impression : fourrager du vieux linge, c’est pas vraiment l’fun. À l’époque où mes amies et moi étions investies de la périlleuse mission de dénicher la robe de bal parfaite, les filles, moins regardantes que moi, m’ont traînée chez La Gaillarde, malgré mon enthousiasme plus que défaillant.

Ce fut une vraie révélation. Du haut de mes dix-sept ans, j’ai ravalé tous mes préjugés et j’ai découvert le plaisir fou de regarder, toucher, découvrir des vêtements, des souliers et des accessoires que je n’aurais jamais vus au centre commercial près de chez moi. Comment avais-je pu penser qu’une pièce seconde main devait forcément être moche et défraîchie?

J’ai tout aimé, tout de suite. D’abord, la boutique elle-même; le local est propre (les vêtements sont même passés à la vapeur avant d’être mis sur le plancher), la présentation soignée, et contrairement à d’autres boutiques seconde main où on a l’impression que la règle d’or est d’entasser le plus de stock possible sur le plancher, on y respire bien. Les cosmétiques, les accessoires et les bijoux sont répartis sur la surface de vente avec un goût discret. L’atmosphère est tranquille, détendue, et les employées, chaleureuses et accueillantes. Le contraste entre le cachet de La Gaillarde et les boutiques de vêtements mainstream était plus que bienvenu.

 

Et c’est relax. On peut y folâtrer à notre guise, en prenant notre temps, et c’est tant mieux; on a envie de tout essayer. La section seconde main, comme dans toute friperie, est un peu comme une loterie : des fois, la récolte est bonne pour nous, des fois, on ressort les mains vides. Mais chaque fois, c’est un plaisir d’explorer la boutique.

Lorsque l’employée qui nous a accueillies a appris que c’était ma première visite, elle s’est empressée de m’expliquer la mission de l’organisme. Malgré ma fibre environnementale très sensible, je ne m’étais jamais arrêtée à réfléchir à la provenance de mes vêtements ni sur les procédés de fabrication derrière ce qu’on porte chaque jour. Comme tout le monde, je connaissais l’horreur des sweatshops, mais pas plus; je voulais seulement m’habiller joliment pour moins cher.

Je suis ressortie de cette première visite les mains vides, mais la tête pleine de questions. Comment avais-je pu, jusque-là, ne pas m’arrêter à penser à toutes les ressources qui entraient dans la confection des vêtements que je cherchais à payer le moins cher possible? Les retailles de tissu, les échantillons, les immenses ballots de tissu produits en quantité industrielle mais jamais utilisés, on en fait quoi? Comment les boutiques gèrent-elles leurs invendus? Et notre vieux linge à nous, une fois notre grosse poche balancée dans les bins à vêtements qui parsèment la ville, il va où?

La Gaillarde, entre autres choses, s’ingénie à offrir des réponses à ces multiples questions. En effet, un des éléments centraux de leur mission est de réduire le gaspillage des matières textiles et favoriser le plus possible leur réutilisation. Cet objectif a ouvert la porte à de nombreuses initiatives qui font de La Gaillarde un endroit vraiment unique : on trouve sous le même toit vêtements vintage, tissus et boutons en vrac, et créations de designers québécois. On pourrait croire que confections de créateurs et vêtements usagés ne feraient pas bon ménage – d’autant qu’on n’imagine pas forcément les amateurs de fripes s’intéresser aux design québécois, et vice-versa –, mais l’ensemble est harmonieux, et renvoie à ce qui fait battre le cœur de La Gaillarde : protéger l’environnement et stimuler l’économie locale en mettant l’accent sur le design éthique et sur la créativité des gens d’ici.

Je crois que nombreux sont les gens qui, comme moi pendant l’adolescence, trouvent intérêt aux questions sociales et environnementales, sans forcément s’être interrogés sur l’impact de leur garde-robe. Au cours de ses quinze ans d’existence, La Gaillarde a réussi à inciter de plus en plus de citoyens à revoir leur façon de s’habiller et à y trouver du plaisir. Pourquoi ne pas vous laisser tenter à votre tour?  

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.