Le cycle de vie d’un sac de dons

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Le 1er juillet se profile à l’horizon, et vos boîtes commencent à s’empiler. Tant qu’à déménager, vous avez décidé de passer votre garde-robe au crible; pourquoi traîner du stock pour rien? Après de nombreuses heures de tergiversations, et sous les encouragements bienveillants de votre entourage, vous avez enfin réussi à accepter que vous n’alliez jamais reporter ces talons qui vous massacrent les pieds chaque fois, cette robe un peu trop petite achetée avec ce fol espoir que nous connaissons toutes, cette chemise qui ne tombe pas comme elle le devrait, ou cette cravate qu’on vous a offerte mais qui, décidément, ne vous plaît pas tellement.

Vous êtes maintenant prêt à aller porter vos sacs. Vous entrez à La Gaillarde, remettez vos sacs à la pétillante employée qui vous aura chaleureusement accueillie, et vous ressortez, victorieux, en rayant cette tâche de votre liste mentale. Puis vous cessez d’y penser, parce que d’autres tâches vous attendent.

Tout de même, ça vous a un peu étonné, quelque part, d’apprendre que non, il n’y avait aucune possibilité de recevoir un montant, même modeste, en échange de vos vêtements et accessoires. Parce que bon, si La Gaillarde revend 15 $ une petite robe obtenue gratuitement, ils doivent finir par faire de l’argent, non? Ok, c’est un OSBL, et on ne veut pas prêter de mauvaises intentions, mais… vous ne pouvez pas être le seul à vous poser des questions!

En effet. Et c’est pourquoi on a décidé de vous emmener en voyage : on vous invite à parcourir l’itinéraire de chaque morceau qui entre dans un sac de dons et qui termine sa course soit entre les mains d’un nouveau propriétaire, soit ailleurs.

Pour mieux saisir le cycle de vie d’un sac de dons, j’ai discuté avec Véronique, la pimpante responsable du vintage, qui apporte d’intéressantes réponses à des questions récurrentes.

Photo Luc Bourgeois

Photo Luc Bourgeois

Pour nous mettre en contexte, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail?

Je dois m’assurer d’avoir les bons vêtements sur le plancher; on cherche autant que possible à offrir des vêtements de saison en bon état, tendance ou basiques. Je m’occupe aussi du marchandisage visuel; ça, c’est un peu mon dada! C’est la manière de concevoir l’espace pour mettre en valeur un maximum de vêtements, tout en facilitant le magasinage de nos clients. Ça ne paraît pas quand on entre dans la boutique, mais la configuration d’une seule section (p. ex. le vintage pour femmes) peut prendre jusqu’à cinq heures et fait appel à la créativité de deux personnes. C’est la partie la plus importante du travail, car c’est ce qui fait ressortir le potentiel des vêtements et qui donne envie aux gens de les essayer. Ce faisant, on garde en tête que souvent, les gens ne viennent pas à la Gaillarde pour acheter la même chose qu’ailleurs; ils veulent sortir de leur zone de confort vestimentaire, ou encore, leurs boutiques habituelles ne leur conviennent plus. Bref, mon travail est aussi d’aider les clients à redécouvrir leur identité vestimentaire, afin que leur garde-robe reflète encore plus qui ils sont!

Je suis également responsable de promouvoir la sélection vintage sur Facebook et d’en publier les photos. Donc, quand vous voyez des photos qui vous donnent envie de venir en boutique, c’est en partie ma faute! (Rires.) Plus sérieusement, ma mission est d’inciter les gens à venir visiter ou découvrir la boutique à l’aide de ces photos. Enfin, je m’occupe aussi des bénévoles et des stagiaires.

Puisque tu es responsable du vintage, si j’apporte un sac de dons, est-ce toi qui vas t’en occuper?

Oui, en grande partie, mais il faut dire qu’on reçoit tellement de dons que toute l’équipe met la main à la pâte.

Je te remets un sac contenant des vêtements, des chaussures et des accessoires. Quelle est la première chose que tu fais avec le sac?

Il y a beaucoup d’étapes entre la réception du sac et l’arrivée des vêtements sur le plancher. Lorsqu’on a plusieurs sacs à trier, on s’installe avec des boîtes pour les accessoires et des cintres pour les vêtements qui seront sélectionnés. On commence par regarder l’état des morceaux. S’ils sont tachés, troués, boulochés, on doit les écarter. Ces vêtements-là, on les met à part pour les envoyer à Certex. Si, à première vue, le vêtement semble en bon état, on le vérifie de près pour voir s’il est taché sous les aisselles et au col, par exemple, ou s’il y a un trou au niveau de la boucle de ceinture, des taches de gras... Si c’est le cas, encore là, on ne peut pas garder le vêtement.

Lorsqu’on a une sélection triée, on fait un troisième tour pour peaufiner le style des pièces, pour que la sélection soit cohérente et intéressante. On se fie beaucoup à la demande des clients au moment où on fait le tri. Si on constate une forte demande pour un certain style, on va s’organiser pour en offrir autant que possible. Lorsque la pièce est rétro, on est un tout petit peu plus souple par rapport à l’état du vêtement, car encore là, on essaie d’en offrir le plus possible. Donc vous savez, le vêtement qui traîne dans votre garde-robe depuis 25 ans et qui selon vous n’intéresse plus personne? Détrompez-vous! À La Gaillarde, ces pièces feraient le bonheur de nombreuses clientes!

Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

Comment tries-tu les chaussures et les accessoires?

Comme les vêtements, en accordant une attention particulière aux matériaux utilisés pour la fabrication. De plus, avant de placer les chaussures sur le présentoir, on va leur donner un peu d’amour… et de crème hydratante. Je les remplis aussi de papier journal. Ça fait toute la différence!

Qu’arrive-t-il aux vêtements, chaussures et accessoires que tu n’as pas sélectionnés?

On a une entente d’échange de poids avec Certex. En ce sens, ils nous aident aussi, car cette entente nous aide à compléter notre sélection. On va fouiller dans d’immenses cages de vêtements. C’est très physique, très intense, et là aussi, on fait une sélection rigoureuse des pièces qu’on rapportera en boutique. On essaie de rapporter surtout du rétro.

Tu as fait ta sélection. Quelles sont les étapes suivantes?

On prend tous les vêtements qui ont passé le test. De cet ensemble, on choisit environ 15 à 20 pièces qui, d’une façon ou d’autre, sont liées entre elles : type de tissu similaire, famille de couleur, coupe, époque du vêtement, etc. Le style d’une vitrine, par exemple, est un bon indicateur de ce qui peut relier des vêtements les uns aux autres.

On les apporte ensuite à l’avant pour les passer à la vapeur. Pour vous donner une idée, traiter un seul morceau peut prendre jusqu’à 10 minutes, selon le type de tissu et la complexité du morceau! Cette étape peut donc prendre jusqu’à une heure et demie de travail continu. Après, il faut les étiqueter. Le prix est évalué en fonction de la qualité du vêtement et de sa rareté. La popularité d’un morceau peut aussi avoir une incidence sur le prix, mais toujours de façon raisonnable, évidemment. En moyenne, je dirais que l’étiquetage prend à peu près une demi-heure. Enfin, on les place à l’endroit de la boutique où ils seront mis en valeur au maximum et de façon à ce que les clients intéressés à ce type de pièces les trouvent le plus rapidement possible.

Quelle quantité de dons reçois-tu en moyenne chaque semaine?

C’est variable selon la période de l’année. Le printemps est la période la plus riche en dons! Nous pouvons recevoir l’équivalent d’une quinzaine de sacs poubelle bien pleins par semaine!

Dans ta semaine de travail, quelle proportion de temps passes-tu à gérer les dons et à préparer les vêtements retenus pour le plancher?

Je dirais qu’en moyenne, le tiers de mon temps en boutique est consacré à gérer tout ce qui est en lien aux dons, du tri à l’étiquetage, sans compter le temps consacré à l’organisation de la marchandise en boutique.

Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

Après combien de temps un invendu se retrouve-t-il dans la section à 50 %?

En moyenne, après un mois et demi à deux mois. C’est difficile à évaluer, mais je crois qu’il y a environ le quart de la marchandise qui finit par se retrouver en bas. Notre objectif est d’en descendre le moins possible.

Vous recevez visiblement beaucoup de dons, ce qui est super! As-tu des trucs à donner aux gens pour t’aider à accélérer le processus de tri?

Tout d’abord, ne rejetez pas un vêtement que vous voulez donner à cause de son style; mis dans un autre contexte, ce vêtement peut être super intéressant pour quelqu’un d’autre! N’hésitez donc pas à nous donner vos trouvailles archéologiques vestimentaires, ce sont nos favorites! On ne le dira jamais assez : vos fonds de garde-robe, c’est notre caverne d’Ali Baba!

Un don de rêve, pour moi, est un don déjà divisé en différents sacs : un qui contient les morceaux un peu plus défraîchis et les pyjamas, et un autre pour le reste. Vous n’avez qu’à nous dire lequel est lequel, et on s’occupe du reste! Enfin, idéalement, les vêtements ont été lavés depuis leur dernière utilisation.

As-tu quelque chose à ajouter pour conclure?

Oui! Il est impossible de faire tout ce travail seule; on travaille toujours en équipe, et les filles me sont d’une aide précieuse. On s’entraide constamment pour accomplir toutes nos tâches, c’est notre philosophie! Mais peu importe la quantité de travail à abattre, nos clients passent toujours avant le reste!

Merci beaucoup de m’avoir consacré du temps aujourd’hui, et félicitations pour le super travail!

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.