Dans les coulisses d'un défilé à La Gaillarde...

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde et Annie de Grandmont, directrice.

Lorsqu’on pense à La Gaillarde, la plupart d’entre nous penseront tout de suite à la jolie boutique et à sa mission éthique et écologique. Toutefois, si on connaît la raison d’être et le style de La Gaillarde, on en sait peut-être moins sur les événements qu’elle organise. En effet, la boutique se fait un point d’honneur de tenir chaque année plusieurs swaps et défilés dans ses locaux. Le mois dernier, nous avons découvert le travail derrière le tri et la sélection des vêtements vintage. Aujourd’hui, on se faufile dans les coulisses du prochain défilé, où Elsa et Véronique nous parlent de stylisme, de créativité et d’organisation rigoureuse.

Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

En général, combien de semaines de travail se cachent derrière l’organisation d’un seul défilé?

ELSA : Selon l’événement, cela peut prendre de 2 à 3 mois de travail. Tout d’abord, ça nous prend un concept: quelle clientèle vise-t-on? Que veut-on accomplir avec cet événement? Bref, on répond au fameux what, where, who, why and how.

Après la théorie, la pratique : on établit notre plan de match et on commence à faire la promotion de l’événement. On travaille toujours en équipe; je n’élabore pas le concept et le plan de travail seule. Les autres Gaillardes, mais aussi les membres du conseil d’administration, y mettent chacune leur grain de sel. Une fois le concept déterminé, c’est moi qui le développe et qui l’exécute. Je m’occupe aussi de créer le flyer, de recruter les mannequins bénévoles et de choisir la musique. Encore là, j’ai de l’aide; par exemple, Annie s’occupe du contact avec les médias. Elle gère aussi le budget et les commanditaires, s’il y a lieu. Autrement dit, je m’occupe du « corps » du spectacle, et Annie se charge des questions plus techniques. Toutefois, comme pour tout ce qu’on fait en boutique, la répartition des tâches n’est pas coulée dans le béton, et on s’entraide.

Sans trop nous dévoiler vos secrets de coulisses, pouvez-vous nous parler des étapes de préparation d’un défilé maison?

ELSA : Une fois le concept choisi et la pub faite, on plonge dans le vif du sujet! Le mois avant l’événement est la période la plus occupée pour moi, car je dois finir de matérialiser nos idées: créer la chorégraphie du défilé, choisir les tenues, le maquillage et les coiffures, sélectionner les mannequins et la musique… Côté promotionnel, on continue nos démarches avec nos commanditaires et on redouble d’ardeur pour promouvoir l’événement.

Comment sélectionnez-vous les vêtements qui seront présentés?

ELSA : J’ai toujours une idée précise de ce que je recherche, mais je vais surtout y aller avec la fiabilité des mannequins, leur diversité et leur personnalité. Plus concrètement, je demande toujours aux mannequins de faire le tour de la boutique et de me donner leurs coups de cœur, pour qu’on les essaie. Mais de mon côté, je vais moi aussi choisir des ensembles, parce que les gens ont tendance à rester dans leur zone de confort. Ce que je veux, c’est éveiller les gens à de nouvelles couleurs, de nouvelles coupes, etc. C’est le fun; souvent, les gens tripent et repartent avec ce que je leur propose! (Rires.)Mon but, au-delà du défilé, c’est que la personne ressorte d’ici sur un petit nuage, avec le sentiment d’avoir vécu une belle expérience. Je trouve ça important. Tout le monde devrait se faire complimenter sur sa tenue; ça fait du bien à l’ego!

Pour en revenir aux vêtements, c’est vraiment un showroom que je présente, et non un simple défilé de mode où les filles sont statiques. Pour moi, il faut que le client s’identifie aux mannequins et aux vêtements. À l’époque, un défilé permettait à la cliente fortunée de voir les tenues du couturier sur des femmes qui lui ressemblent. Puis, peu à peu, on a voulu utiliser le défilé de mode pour vendre du rêve, et ça s’est quelque peu transformé en publicité ambulante; l’objectif de satisfaire la clientèle s’est perdu depuis l’avènement du défilé plus industriel. Je ne dis pas ça pour dénigrer les autres types de défilés, mais plutôt pour souligner que notre objectif est différent : on vise à inspirer notre clientèle, et on veut montrer que tout le monde peut s’habiller comme nos mannequins, s’ils le souhaitent. On rapproche le vêtement de la vraie vie. On essaie de ramener cette vision qui place la clientèle à l’avant-plan. Bref, on croit que le vêtement doit être au service de la cliente, et pas l’inverse. D’où, aussi, notre mission de promouvoir la diversité corporelle et culturelle dans nos shows.

Photo Patrick Dufort

Photo Patrick Dufort

Justement, que recherchez-vous chez vos mannequins bénévoles? Comment décrirais-tu ta « brochette » idéale de mannequins?

J’ai eu de tout, dans mes défilés. Je peux avoir des gens de 50 ans et plus, d’origines culturelles variées, de tailles diverses… J’aime donner la chance à tout le monde d’être mannequins d’un jour et de se sentir à l’aise sur scène pour un défilé. J’aime aussi montrer que les filles et les gars qui défilent peuvent être bien dans leur corps, peu importe le vêtement qu’ils portent. Physiquement, si je pouvais chaque fois avoir une personne de taille forte, une personne dans la cinquantaine, plus d’hommes, plus de femmes enceintes... Ça, ça serait ma brochette de mannequins idéale. Pour le reste, j’arrive toujours à trouver : une belle diversité culturelle, des mannequins de différents groupes d’âge… par exemple, j’ai deux habituées qui sont dans la trentaine avancée, voire la quarantaine.

Par ailleurs, au fil du temps, j’ai travaillé avec tout un arc-en-ciel de personnalités : des gênées, des nonchalantes, des extraverties… Pour ma part, j’ai le béguin pour les personnes qui veulent réaliser un rêve; elles n’ont jamais fait de défilé auparavant, mais rêvent d’en faire un, au moins une fois. J’aime travailler avec elles, parce que j’ai l’impression de pouvoir les prendre sous mon aile et les guider pour qu’elles se sentent magnifiques et en confiance sur scène. Bref, j’aime l’idée d’être une sorte de Gandalf du défilé de mode! (Rires.)

Le soir du spectacle, je veux vraiment que tout le monde vive une belle expérience. Quand mes mannequins sont stressés, je vais danser avec eux en coulisses. (Rires.) En même temps, comme il y a beaucoup d’étapes pour produire un défilé, j’ai souvent l’air sérieuse et organisée, limite un peu fermée, mais le jour du spectacle, je les remercie de tout cœur! En effet, il faut rappeler que nos mannequins sont bénévoles, comme chaque personne impliquée dans le défilé, d’ailleurs. Donc même si on est parfois un peu sous pression, il faut savoir respecter nos bénévoles, s’adapter à leur disponibilité, et avoir un plan B, C, D, pour quand quelqu’un n’est soudainement plus disponible… Et tout ça transparaît dans le défilé: après, les gens viennent me parler des pièces qu’ils ont vues, ils veulent savoir s’ils peuvent les acheter... et ça, c’est mon bonbon, ma récompense! Ça veut dire que les mannequins étaient vraiment bien sur scène, et donc, que j’ai bien fait mon travail.

Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

En terminant, pouvez-vous nous donner un petit aperçu du défilé du 13 juillet?

VÉRO : Le défilé sera axé sur 3 différents tableaux inspirés de tendances estivales que j’affectionne particulièrement: les imprimés géométriques et les années 90, les motifs fleuris et les tons pastel bleu-vert. Le défilé est composé autant de mannequins habitués de la scène que de clientes pour qui ce sera une première expérience. De plus, pour la première fois, nous aurons la chance d’avoir la performance live d’une chanteuse, Chanda T.Holmes, qui va nous interpréter l’une de ses chansons pendant le défilé. Son style s’inspire beaucoup de Lauryn Hill, qu’elle adore! D’ailleurs, elle lui ressemble un peu.

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.