Le dilemme Taille Plus

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

J’ai commencé à écrire pour La Gaillarde parce que j’aime la boutique et sa mission. Au fil des visites, une question persistait toutefois : si La Gaillarde valorise tant la diversité corporelle, où sont les tailles plus? Après tout, de plus en plus de chaînes proposent une vaste gamme de tailles.

Ça me touche personnellement. J’ai un pied chaque bord de la fameuse clôture TAILLE 14. J’ai connu certains obstacles rencontrés par les femmes fortes, douloureusement consciente qu’en tant que « taille plus modérée », je l’avais tout de même facile. Malgré tout, trouver mon compte dans le seconde main restait laborieux.

Un swap de vêtements à La Gaillarde...

Un swap de vêtements à La Gaillarde...

Lorsque j’ai évoqué le sujet avec Annie de Grandmont, directrice à La Gaillarde, celle-ci était ravie d’en discuter. En effet, nous sommes plusieurs à poser la question ou à suggérer d’inclure une section taille plus à la boutique. Si l’idée plaît et colle à la mission de l’organisme, les quelques essais sur le terrain furent peu probants : « On a déjà aménagé un espace taille plus pour tenter de répondre à la demande. Eh bien… On s’est fait reprocher de traiter les clientes rondes comme une classe à part, de les ostraciser. » Cette réaction plus que tiède, jumelée aux difficultés logistiques du projet, a mené à son abandon. Mais… difficultés logistiques? Trier du linge par taille, c’est plutôt simple, non? « Comme notre section vintage est alimentée par les dons reçus en boutique, on doit faire avec ce qu’on a. On fait un tri minutieux des sacs qui arrivent, mais on n’en contrôle pas le contenu. Autrement dit, si personne ne nous apporte du XL ou plus grand, ou que ces dons ne sont pas en état d’être vendus, pour une raison ou une autre, on n’a pas de grandes tailles à offrir à la clientèle. »

Cercle vicieux semblable du côté designers, comme le décrit Annie : « Les designers essaient d’offrir plus grand, mais comme ça ne vend pas, ils laissent tomber. De leur côté, les clientes qui habillent plus grand ont tellement l’habitude de ne rien trouver chez les designers qu’elles ne s’attardent vraiment pas à cette partie de la boutique. » La situation à La Gaillarde semble donc faire écho à l’état du marché taille plus, du moins dans sa forme traditionnelle; si l’offre n’est pas terrible en partant, la probabilité de recevoir des fripes attrayantes diminue, d’où la difficulté d’attirer et de garder les clientes qui habillent de grandes tailles et qui, par la suite, risquent de s’intéresser aux créations des designers.

Il convient ici de se pencher sur l’histoire du vêtement taille plus pour mieux en comprendre l’évolution. « Le taille plus, au départ, visait les femmes d’un certain âge; la demande était là. Cette offre de base n’est peut-être pas satisfaisante pour les femmes plus jeunes qui veulent s’habiller autrement, ou de façon plus personnalisée », explique la designer Maryse Fournelle. En plus du choix limité, les clientes se heurtaient à la manière dont les vêtements étaient conçus : « J’ai toujours été à la limite des tailles standard, car j’étais très grande et un peu ronde, et l’offre est infernale! », m’a lancé Musky, éco-designer, lorsque j’ai eu le plaisir de discuter avec elle.« Ça donne toujours l’impression que la femme ronde doit se cacher. On ne la valorise pas, comme si elle avait cette apparence parce qu’elle n’avait pas la volonté d’être "mieux". Et la lingerie… Des culottes jusqu’au nombril en permanence, c’est étouffant! » Véronique, une amie à moi, qui a accepté de me parler de son expérience, abonde dans le même sens : « Surtout avant, il y a 10 ans environ, les motifs et les vêtements sur les racks étaient super démodés pour la population générale. Pas moyen de te créer un style à toi, ni d’être satisfaite de ton linge. » Elle souligne du même souffle une autre difficulté pratique : « C’est mieux maintenant qu’avant. Mais y a pas tant de boutiques pour nous, et en plus, leur emplacement n’est pas toujours pratique. » Si c’est comme ça à Montréal, on peut imaginer que l’offre se raréfie quand on s’éloigne des grands centres.

La pétillante designer Musky - photo Luc Bourgeois

La pétillante designer Musky - photo Luc Bourgeois

Plusieurs femmes avec qui j’ai discuté s’entendent pour dire que le marché taille plus répond mieux à leurs besoins depuis quelques années, quoique certains ajustements restent à apporter. Comme le constate mon amie, « certaines marques produisent simplement leurs modèles réguliers en plus grand. Ça fait que, souvent, ces modèles ne fittent pas les courbes. Ce n’est pas seulement une question de taille, c’est aussi que mon corps est fait autrement ».Les créateurs doivent donc garder en tête les éléments morphologiques propres aux femmes plus fortes. Et évidemment, on compte plus d’un type de silhouettes. Maryse Fournelle confirme : « J’ai pu voir dans ma pratique que les tailles plus sont un créneau à part, un marché distinct. » Le coût plus élevé des vêtements peut aussi freiner l’élan des clientes. Même si ce coût se justifie par le besoin d’utiliser plus de matière première et par la production d’un nombre restreint d’unités, il reste que l’obligation de payer plus cher pour accéder aux grandes tailles peut nuire à plusieurs.

Dans le prochain billet, on explore des pistes de solutions pour retrouver plaisir à s’habiller et diversifier sa garde-robe. En attendant, n’hésitez pas à nous parler de votre expérience, si le cœur vous en dit!

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.