Les Gaillardes se dévoilent

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Derrière tout le travail accompli au quotidien à La Gaillarde se trouvent quatre Wonderwomen passionnées de mode éthique. Rencontre avec l’une d’elles, Annie de Grandmont, directrice.

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Pourriez-vous nous parler de vos principales responsabilités?

Je suis directrice de La Gaillarde depuis 2005. À ce titre, je veille à l’administration et à la gestion de l’organisme. Concrètement, je m’occupe des communications, de la gestion des ressources humaines et des finances, des demandes de financement, ainsi que des partenariats. Je supervise également l’équipe et le déroulement de nos activités. La Gaillarde a aussi un conseil d’administration composé de sept membres bénévoles. Le CA prend les principales décisions touchant l’organisme, trace les grandes lignes de ses activités et fixe les objectifs à atteindre. Il s’implique aussi dans le recrutement du personnel. Autrement dit, le CA est le gardien de notre mission et tient le volant de La Gaillarde pour lui donner l’orientation voulue. Enfin, le CA nous épaule et nous accompagne au quotidien, tant en termes de ressources que pour prendre rapidement des décisions importantes.

Quelle est votre histoire avec La Gaillarde?

J’ai fait connaissance avec La Gaillarde tout juste après avoir emménagé dans le quartier. J’aime découvrir de nouveaux endroits et j’avais hâte d’explorer mon nouvel environnement. En entrant dans la boutique, j’ai tout de suite adoré la vibe et la mission de l’organisme. À cette époque, La Gaillarde était une friperie comportant une petite section de designers qui transformaient des vêtements usagés en nouvelles pièces. C’était génial de pouvoir trouver les deux sous un même toit, j’étais emballée! Depuis mon adolescence, je me passionne pour la protection environnementale, et je voyais pour la première fois une friperie intégrer la récupération les matériaux dans ses activités. J’ai trippé sur l’aspect humain, sur la mission, sur leur façon d’accompagner la cliente aussi. Je suis moi-même rapidement devenue cliente! Quelques années plus tard, j’ai perdu mon emploi en théâtre à la suite d’une restructuration. J’avais peu d’expérience en mode, mais je m’y connaissais bien en gestion. Au même moment, La Gaillarde cherchait une directrice. Comme je cherchais quelque chose de nouveau, je me suis lancée… et j’ai été choisie! Quand j’ai commencé à travailler ici, on venait tout juste d’emménager dans nos locaux actuels.

 Qu’est-ce qui vous passionne de votre travail?

Les gens. Mon équipe, les clients qui s’émerveillent de notre mission, tous ceux qu’on rencontre lors d’événements. Les étudiants qui participent à Marque Gaillarde avec tellement de drive, les membres du CA… Par ailleurs, même si les tâches peuvent sembler répétitives, dans les faits, chaque jour est différent. Les choses bougent constamment. C’est très vivant! Enfin, on fonctionne toujours en mode « prise de décision », ce qui s’avère très stimulant. En effet, les questions à trancher et les décisions à prendre se multiplient, et chacune d’elles produit un effet sur la boutique.

 Et personnellement, qu’est-ce qui vous passionne?

Tout ce qui relève du domaine de la santé holistique : yoga, médecines naturelles, culture biologique… Je m’intéresse aux gens qui font le lien entre santé de l’environnement et santé des gens et qui travaillent à les préserver toutes les deux. J’aime les marchés et je m’intéresse à la nutrition, toujours dans une optique de protection de l’environnement, mais aussi de bien-être. L’activité physique tient une grande place dans ma vie. J’adore éduquer et sensibiliser les gens à l’importance de mieux bouger, mieux manger, mieux s’habiller aussi. La mode rapide est un fléau qui entraîne un énorme gaspillage à une époque où on ne peut plus se permettre de gaspiller. On pense toujours que les conséquences se manifestent loin de nous, mais un jour, c’est nous qui allons payer. Il existe des parallèles importants entre fastfood et fastfashion à cet égard.

 Comment La Gaillarde influence-t-elle votre vie et vos habitudes de consommation?

Avant de travailler ici, je m’informais beaucoup de la provenance de mes aliments, sans faire de même pour les vêtements. En travaillant ici, j’ai découvert tout cet univers : la matière, les procédés de fabrication, pourquoi acheter moins, comment acheter mieux et mieux organiser sa garde-robe. Le terrain était déjà fertile, dans la mesure où je n’ai jamais été super matérialiste par rapport aux vêtements. Maintenant, quand j’entre dans une friperie, je regarde les étiquettes attentivement pour connaître la provenance et la composition de la pièce. Travailler ici m’a aussi permis d’approfondir mon exploration de l’aspect esthétique de la mode, notamment par l’organisation de nos défilés. En plus, j’ai le plaisir de découvrir des artisans, des designers, des boutiques du style Etsy.

 Qu’est-ce qui attire votre attention dans un vêtement?

Je considère beaucoup l’aspect pratique. J’occupe deux emplois à temps plein et je suis toujours debout à me promener, donc je veux des morceaux faciles à porter et à agencer. Je suis du genre à porter souvent la même pièce quand je tombe en amour avec elle. Je me connais : si j’achète un produit juste pour l’aspect esthétique, je ne le porterai pas. Je vais beaucoup vers les neutres, les tons sombres : le noir, le gris, le vert foncé, le tout agrémenté d’un T-shirt funky à l’occasion. Mais ma pièce centrale, c’est le jean.

Pourriez-vous nous parler d’une réussite dont vous êtes fière et d’un défi à surmonter?

Je suis fière d’avoir remis La Gaillarde sur pied. Quand je suis arrivée, l’organisme était quelque peu à la dérive. J’ai repris le flambeau avec un mélange de passion, de dévouement, d’optimisme… et de naïveté! Non seulement l’organisme a été ravivé avec succès, mais en plus, on a poursuivi sur notre lancée en développant des défilés semi-professionnels, notre concours Marque Gaillarde, nos swaps, et d’autres projets qui rejoignent les clientes et qui s’inscrivent dans les tendances de consommation responsable. Par ailleurs, on rencontre un défi de taille au quotidien : exécuter toutes nos tâches malgré le manque de temps et d’argent. L’équipe fait preuve d’un professionnalisme impeccable, c’est non négociable pour nous, mais il reste qu’on court sans arrêt. On s’entraide, mais on ne réussit jamais à compléter toutes nos tâches, car des imprévus surviennent chaque jour : panne Internet, bris d’ordinateur, un designer qui nous appelle avec une question urgente à régler… ça peut compliquer la gestion des priorités. On est une ONBL, on tient à ce qu’on fait, on veut demeurer un lieu de sensibilisation. Mais ça peut devenir difficile et frustrant vu notre manque de ressources. On imagine souvent tout ce qu’on pourrait accomplir si on avait plus de ressources à notre disposition! Heureusement que nous avons souvent de l’aide de précieux bénévoles, ainsi que le soutien du conseil d’administration.

Une anecdote mémorable en boutique?

 Une panne d’électricité à deux heures d’un important défilé en boutique! Les mannequins étaient en pleine séance maquillage/coiffure, et la bouffe des mannequins venait d’arriver. Nous avons dû garder notre calme, ne sachant pas si l’électricité serait revenue à temps pour l’événement. Nous avons allumé tout plein de chandelles, et les mannequins ont poursuivi leur séance maquillage et pris leur souper dans le noir. Toute une ambiance, à la fois sympa, intime et nerveuse! Elsa avait géré cette situation d’une main de maître!

 Photo: Luc Bourgeois

Photo: Luc Bourgeois

En terminant, quel est votre commerce favori à Saint-Henri?

Difficile d’en nommer juste un! Les commerçants du quartier sont de bons amis, partenaires et souvent commanditaires de nos événements. On s’entraide beaucoup entres commerces! J’en nomme quelques uns : Pops-Art pour ses popsicles santé (et la personnalité pétillante de Catherine, la proprio), le Ludger et Chez Lavigne pour l’ambiance et les excellents soupers, le marché La Pantry pour ses lunchs maison, et je me dois de mentionner le studio de yoga Espace Varana dont je suis copropriétaire et qui vient tout juste d’ouvrir ses portes dans le quartier.

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.