Le dilemme Taille Plus - 2e partie

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Dans le billet du 17 janvier, je dressais un rapide état des lieux de la mode taille plus, en abordant ses origines, son potentiel et ses lacunes. Si les entreprises ont le pouvoir de diversifier leurs produits pour mieux répondre aux besoins particuliers des clientes taille plus, je crois qu’il nous incombe de tirer le maximum de l’offre actuelle, notamment en sortant de notre zone de confort. Facile à dire, rétorquez-vous, irritées. Je sais, oui. Mais il faut bien s’habiller. Alors, comment faire?

Musky, écodesigner, juge qu’on doit d’abord envisager la question sous un autre angle. En effet, lorsqu’elle rentre bredouille d’une énième partie de chasse au jean flatteur, la femme charnue peut tomber dans le piège de devoir trouver quelque chose absolument. Musky affirme qu’on devrait plutôt commencer par se dire qu’on trouvera possiblement quelque chose, plutôt que d’osciller entre « rien me fait jamais » et « faut vraiment que je trouve ». Chasser la pression nous évite de nous sentir battue d’avance. Dans le même ordre d’idée, on s’habille le plus simplement possible, question d’être à l’aise et de ne pas se fatiguer trop vite pendant la séance de magasinage. « Et une fois sur place », continue Musky, « il faut accepter de se laisser surprendre. Prends-toi un chariot, et prends ton temps. Comme quand tu vas au spa, tu relaxes; tu peux t’arrêter et flâner à ta guise. Quelque chose attire ton œil? Prends-le, essaie-le en cabine. Ça coûte rien, personne ne te voit. Ce qui compte, c’est que tu te sois donné une chance. » Non seulement Musky le fait pour elle-même, mais elle organise des virées de magasinage avec des femmes de son entourage, pendant lesquelles elles lâchent leur fou, essaient des trucs improbables, rient aux éclats et, à travers tout ça, dénichent des perles. Pour celles qui stressent d’avance à l’idée d’une millième séance décevante, dédramatiser l’expérience pourrait bien changer la donne.

D’ailleurs, si plusieurs grandes chaînes offrent maintenant de jolis vêtements taille plus à prix raisonnable, les friperies constituent le terrain de jeu rêvé pour celles qui carburent au kick de déterrer des pépites d’or après une fouille minutieuse. Les prospectrices voluptueuses doivent toutefois s’armer de patience, car l’offre taille plus est plus rare en friperie, même avec toute la bonne volonté du monde. Logique : le virage vers un taille plus diversifié et accessible est plutôt récent. Il faut laisser le temps aux vêtements de se rendre aux friperies! Malgré tout, celles-ci restent un moyen sûr d’ouvrir la porte aux trouvailles inattendues sans se ruiner.

Vous êtes peu tentée par le flânage ou souhaitez simplement vous monter une garde-robe fonctionnelle? La designer Maryse Fournelle nous rappelle cette solution éprouvée : « De façon générale, la meilleure façon de gérer sa garde-robe est d’acquérir quelques pièces classiques et de les accessoiriser. Une fois qu’on a trouvé de bonnes pièces de base et qu’on sait où aller pour les renouveler, on passe aux accessoires, qui vont vraiment agrémenter le vêtement. » Mon amie Véronique, qui a accepté de me parler de son expérience, apporte toutefois un bémol : les bons accessoires peuvent être aussi ardus à dénicher que les vêtements. « C’est pas la première chose à laquelle tu penses, mais quand tu as des gros poignets, ou des mains larges, ou des gros doigts, bonne chance pour trouver des bagues et des bracelets qui vont te faire et bien t’aller. »

Si vous voulez vous aventurer du côté des écodesigners québécois, certaines maisons proposent de grandes tailles, contrairement aux idées reçues. Je vous accorde que je trouve surtout mon compte pour certains morceaux de base (camisoles, leggings, sous-vêtements) et que les pièces les plus « excitantes » sont presque toujours trop petites. Il reste que l’écodesign québécois agrandit tranquillement son spectre de tailles, et qu’on est de plus en plus nombreuses à pouvoir en profiter.

Par ailleurs, pourquoi ne pas apprendre à faire ou à altérer vos vêtements? J’entends d’ici s’élever des grognements, mais attendez : si vous êtes quelque peu manuelle, ça pourrait vous permettre de joindre l’utile à l’agréable. D’accord, ce n’est pas pour tout le monde (j’ai moi-même déjà essayé de confectionner une jupe. Résultat : un super beau tissu rageusement roulé et fourré dans un tiroir depuis un an), mais c’est une piste. À condition, bien sûr, d’avoir le temps et les moyens d’investir dans une telle démarche.

Enfin, et malheureusement, la pilule que je ne sais pas trop comment vous dorer : soyez réaliste. Parfois, quand on se sent comme un béluga échoué, bien seule sous les néons de la cabine d’essayage, on peut être tentée de projeter son malaise sur le premier venu. Donc même si ça semble évident, voilà : la vendeuse ne nous conseille pas une taille « trop » grande pour nous narguer. C’est sa job d’avoir l’œil et de connaître sa marchandise. Elle fait son travail, même si ses conseils ne nous font pas plaisir. Parce que de toute façon, si on se parle franchement, on risque de la rappeler dans deux secondes, l’air un peu penaud, pour lui demander de nous apporter notre morceau une taille au-dessus. À ce compte-là, autant la laisser s’occuper de nous. De toute façon, le dernier mot nous appartient.

Et qui sait? Elle nous redonnera peut-être le sourire en nous tendant, par-dessus la porte, LA paire de jeans cherchée depuis des lustres…

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.