L’ART DE BIEN FAIRE

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Mon premier périple dans les coulisses d’un défilé remonte à l’été 2016. Guidée par Elsa et Véronique, j’ai eu l’occasion d’apprécier la somme de travail qu’exigeait la création d’un défilé réussi, tant sur le plan créatif que sur celui, plus terre à terre, de l’organisation de l’événement lui-même.

Cette année, dans la foulée du défilé Marque Gaillarde du 2 mai dernier, j’ai voulu replonger dans l’envers du décor pour voir comment les Gaillardes intégraient la notion d’écoresponsabilité à leurs événements. Pendant le défilé, entre deux bouchées végé, j’ai pensé qu’il fallait quand même une sacré dose de créativité pour rester écoresponsable sur toute la ligne, sans sacrifier ni le faste des tenues, ni le confort des invités. Andréanne Beauchamp, éco-styliste à La Gaillarde et responsable de l’organisation du défilé, nous explique sa stratégie.

Andréanne, merci de prendre le temps de jaser avec nous! Pour nous mettre en contexte, peux-tu nous parler de ton parcours?

J’ai complété le programme de commercialisation de la mode du Cégep Marie-Victorin, à la même école de mode que les participantes au concours Marque Gaillarde. J’ai aussi étudié en design graphique au Collège Ahunstic. Ensuite, j’ai notamment travaillé en design graphique pour le service de marketing de Garage.

J’ai entamé mon aventure dans le monde de la mode écoresponsable il y a six mois, lors de mon arrivée à La Gaillarde. Mordue de mode, je découvre ici un immense terrain de jeu, un nouvel univers, qui me permet de vivre ma passion autrement! D’ailleurs, le défilé Marque Gaillarde était le premier événement de cette envergure que j’organisais. C’était aussi une excellente occasion de m’imprégner encore davantage de la mission de La Gaillarde.

Justement, sa mission est notamment de sensibiliser les gens à l’incidence de leur consommation. Si ça passe beaucoup par les vêtements, j’imagine que le souci de consommer moins et mieux s’étend à vos autres sphères d’activité.

Tout à fait, et ça se reflète dans l’organisation de nos événements. À titre d’OBNL, on doit s’entourer de gens qui partagent notre passion et qui souhaitent s’investir. Concrètement, ça veut dire qu’à part les cinq employées de La Gaillarde, tous ceux impliqués dans l’organisation et le déroulement du défilé étaient bénévoles. On a aussi orienté notre recherche de commanditaires vers des entreprises et des organismes qui partagent nos valeurs. Par exemple, j’ai communiqué avec le fleuriste écoresponsable Prairies, unique en son genre à Montréal, qui nous a gracieusement offert un bouquet pour la gagnante. L’entreprise Empoté, qui conçoit et fabrique des produits de jardinage urbain en géotextile, nous a quant à elle offert les cadeaux pour les juges. Bref, quand j’ai pu choisir, j’ai privilégié les commanditaires écoresponsables.

 La gagnante du Concours Marque Gaillarde 2018, Daniela Salinas-Lara, bouquet de fleurs écoresponsables par Prairies

La gagnante du Concours Marque Gaillarde 2018, Daniela Salinas-Lara, bouquet de fleurs écoresponsables par Prairies

Quelles autres mesures écoresponsables avez-vous adoptées?

(Annie s’approche, emballée) : On a opté pour des bouchées végétariennes, question d’être plus écolo sur le plan alimentaire. On a fait affaire avec Resto Plateau, une entreprise d’économie sociale axée sur l’insertion professionnelle.

Andréanne : Exact! Ils avaient leurs propres plateaux pour les bouchées et sont simplement revenus les chercher le lendemain. L’utilisation de « vraie » vaisselle est d’ailleurs une de nos manières de réduire les déchets. On avait des verres en vitre pour le vin, et tous nos verres jetables étaient compostables. On avait aussi une jolie cruche d’eau infusée de fruits et d’herbes fraîches, donc, encore là, on a évité le plastique.

Vous avez donc réussi à minimiser vos déchets au maximum?

Pour le dernier défilé, on n’a pas réussi à se rendre au zéro déchet, mais on a bien capitalisé sur nos ressources. Par exemple, la Ville ne procède pas encore à la collecte des déchets compostables sur notre segment de la rue Notre-Dame. Il a donc fallu faire preuve de créativité pour gérer nos déchets organiques! On espère éventuellement être mieux équipés en matière de tri. On a néanmoins décroché une belle victoire :moins de cinq sacs donnés à la caisse! Il faut dire qu’on avait demandé aux invités d’apporter leurs sacs réutilisables, consigne sur laquelle on a été très ferme. Ç’a porté ses fruits, et on s’en réjouit! On va remettre ça lors des prochains événements.

On sait que les SWAP Gaillarde permettent aux participants de faire tourner leur garde-robe sans avoir recours au fast fashion, et que les défilés permettent de célébrer le vintage et les créations locales. Je me demandais si les mêmes règles d’écoresponsabilité s’appliquaient à la préparation des mannequins. Par exemple, pour le maquillage et la coiffure, avez-vous un kit de produits bio ou non testés sur les animaux?

Ah, tu vois, je n’avais même pas pensé à ça! (Rires.) Le maquillage et la coiffure sont réalisés par des bénévoles qui utilisent leur propre kit. Par conséquent, on n’a pas de contrôle, mais pas d’exigences non plus, par rapport aux produits utilisés. Par ailleurs, monter un kit maison représente des coûts, du temps de recherche aussi, et on ne s’en servirait probablement pas assez pour le rentabiliser. Mais, on collaborera peut-être un jour avec une entreprise de cosmétiques locaux et responsables pour un prochain défilé, qui sait?

 Défilé printemps-Été 2018 - Angéline porte une robe de la designer Valérie Dumaine et un foulard Vintage.

Défilé printemps-Été 2018 - Angéline porte une robe de la designer Valérie Dumaine et un foulard Vintage.

Tu as mentionné que l’organisation du dernier défilé t’avait permis de t’imprégner encore plus de la mission de l’organisme. Comment décrirais-tu ta démarche pour marier style et écoresponsabilité?

Mon fun, ç’a été de composer des tenues combinant de vraies pièces vintage avec des créations de designers locaux. Je voulais générer ce que j’appelle un « effet wow »; faire prendre conscience aux spectateurs que s’ils ont l’occasion d’admirer un short vintage de 20 ans sur la passerelle, c’est que le morceau était d’assez bonne qualité pour rester beau pendant toutes ces années – à condition d’avoir été entretenu, bien sûr, comme toute chose. Or, ce n’est vraiment pas le fastfashiond’aujourd’hui qui va nous permettre de faire la même chose en 2040! Quant au mariage entre les designers locaux et le vintage, je peux affirmer qu’après plusieurs années dans le domaine, et malgré les nombreux événements auxquels j’assiste régulièrement,on ne voit pas vraiment ça ailleurs.J’ai adoré faire ça! Ça démontre sans l’ombre d’un doute qu’il est possible de se concocter un style unique en adoptant le slow fashion ou le seconde main, et qu’il existe plus d’une manière d’y parvenir. Je dois aussi admettre que j’ai créé des tenues que j’aimerais porter, mais sans oublier de les inscrire dans l’air du temps. D’où le jaune moutarde, les monochromes, les morceaux de style kimono, et toutes ces tendances qu’on voit partout cette année.

Ne manquez pas notre prochain événement! Le tout premier SWAP pour hommes de La Gaillarde se tiendra dans les locaux de la boutique, le 14 juin, à 19 h. Tous les détails sur la page Facebook de l'événement.

 Andreanne Beachamp, eco-styliste de La Gaillarde

Andreanne Beachamp, eco-styliste de La Gaillarde

***************************

Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.