La paire de talons

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Je devais avoir six ou sept ans quand mon idéal féminin s’est cristallisé dans mon esprit. Cette image, alimentée par les films, les livres et la publicité auxquels j’avais été exposée jusqu’alors, était un personnage haut en couleur et à l’effet savamment calculé.

D’abord, ma version de la femme accomplie devait être jolie. Belle comme une héroïne de roman. Juste assez charmeuse, mais jamais vulgaire. Je commençais à remarquer que les plus jolies filles de ma classe, ainsi que les mieux habillées, avaient une longueur d’avance sur le reste de la plèbe suante en joggings du Zellers. Les garçons leur fabriquaient des cartes de Saint-Valentin, les filles les invitaient à leur fête. L’évidence de la beauté comme facteur clé de l’accomplissement personnel s’est imposée au fil des années. En partie reçue, en partie nourrie par mon imagination, cette croyance est devenue certitude à mon entrée au secondaire.

Ensuite, il me fallait réussir ma vie professionnelle. Enfant hypersensible à l’intelligence précoce, je croyais devoir accomplir des choses exceptionnelles. Il le fallait : c’est comme ça qu’on devient quelqu’un. Je serais ferrée dans le domaine que je choisirais, et surtout, je saurais projeter une image de succès naturel. Je porterais ma réussite comme une seconde peau, sans prétention ni mesquinerie. Je serais « toute une femme ».

Dans mes rêveries de petite fille banale, j’hésitais souvent entre le rôle de grande comédienne ou d’avocate brillante. Peu importe le scénario choisi, une constante demeurait : j’étais impeccablement mise.

On le sait, les vêtements racontent une histoire. Notre garde-robe est un fil d’Ariane permettant de retracer notre itinéraire personnel, pleinement vécu ou non, heureux ou non. Ouvrir une garde-robe à la volée nous permet de croquer le quotidien de son propriétaire, mais nous laisse aussi entrevoir des projets, des espoirs secrets. Qui n’a jamais possédé la fameuse paire de jeans de l’espoir, celle qu’on portera quand on aura enfin atteint la taille ou le poids rêvé? Combien de fois avons-nous réellement enfilé cette lingerie fine achetée sur un coup de tête et de corps? Combien de jolies robes trop peu portées, de boucles d’oreilles une miette trop flamboyantes et de bracelets trop lourds pour nous se languissent dans nos armoires et nos tiroirs, reliques de tentatives infructueuses d’incarner un côté de nous qui n’existe peut-être même pas?

Chacun a son Graal vestimentaire. Le mien? Les talons hauts. Depuis 31 ans, je vais pieds nus, en souliers plats ou en souliers de sport. D’une année à l’autre, je me promets néanmoins de maîtriser le talon haut; en tant que femme, je n’atteindrais pas ma forme achevée tant que je ne porterais pas l’escarpin avec la même facilité que la sandale plate. Chausser le talon avec aisance, c’est mener sa barque avec assurance; le martèlement régulier de mes pas battrait la cadence rapide de mes journées folles. Ma chaussure élégante mettrait en valeur ma jambe fine, mon maintien gracieux. Au fil du temps, la fille timide que je suis s’est approprié le puissant symbole de la paire de talons, en espérant faire siennes les caractéristiques souvent associées à ce type de chaussures : féminité, charme, assurance, élégance, succès, brio.

J’attends toujours le fameux déclic. Mes stilettos sont dissimulés dans un recoin quasi inatteignable de ma garde-robe, trésor dont je ne sais trop que faire, sachant au fond de moi que je ne serai jamais la femme ensorcelante de mon imaginaire. Et je crois dur comme fer que nous sommes plusieurs dans le même bateau; un achat procédant d’une pulsion affective plutôt que d’un besoin objectif nous donne l’impression de jeter un pont entre rêve et réalité. On a pleinement conscience du phénomène, on sait que le marketing carbure à ça, mais on retombe dans le panneau, encore et encore. Et on se retrouve avec des pièces auxquelles on tient, mais qui ne sont pas vraiment nous… peut-être, justement, parce qu’elles ne sont pas vraiment nous. 

Vous aurez peut-être levé les yeux au ciel en lisant ce billet. Très bien : ouvrez votre penderie et vos tiroirs, jetez un coup d’œil à votre rack à souliers, et revenez me dire que votre garde-robe est 100 % fonctionnelle, que vous utilisez tout ce que vous possédez. Vous verrez, on est dans le même bateau, et on rame de concert.

Pour changer notre manière de consommer, il faut aussi changer les raisons pour lesquelles on achète. Il faudra donc, tôt ou tard, s’attaquer à la portion de notre garde-robe qui nous fait rêver, mais qui nous encombre si on ne parvient pas à se l’approprier. Surtout, on devra apprendre à combler autrement le vide laissé par les pièces qui partiront.

En attendant, vous pouvez couper la poire en deux comme moi, qui ai sacrifié quelques paires de talons sur l’autel du decluttering pour me dédouaner de garder mes paires favorites… juste un an encore.

Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

Les Gaillardes se dévoilent - 1ère partie

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Derrière tout le travail accompli au quotidien à La Gaillarde se trouve quatre Wonderwomen passionnées de mode éthique. Aujourd'hui, entrevue éclair avec l'une des Gaillardes, Sarah Benbouhoud, responsable du service à la clientèle.

Votre poste et vos principales responsabilités?

Ma principale responsabilité est d’assurer le service sur le plancher. J’accueille les clients, je leur explique le concept de la boutique. Je m’assure aussi que les mannequins et la vitrine sont à jour et bien agencés. Enfin, je m’occupe aussi du tri des dons.  

Quelle est votre histoire avec La Gaillarde?  

À l’été 2014, à la fin de mes études secondaires, j’ai obtenu un stage ici grâce à un programme de mon école. Mon stage a duré tout l’été, et j’ai adoré mon expérience, car j’ai toujours eu un amour fou pour la mode. Après mon stage, les filles m’ont offert une place au sein de leur équipe, et ce fut le début de ma belle histoire avec La Gaillarde!

Qu’est-ce qui vous passionne de votre travail?

Le contact humain. Vraiment, j’adore offrir un bon service aux clients, j’adore leur donner le sourire, et ça me rend heureuse de les voir revenir et me parler de l’expérience qu’ils ont eue avec leurs trouvailles. Enfin, je suis reconnaissante d’avoir l’occasion de travailler en mode.

Et personnellement, qu’est-ce qui vous passionne?

Au-delà de la mode, je m’intéresse aux arts en général; lorsque je cherchais mon stage, j’avais demandé à travailler, idéalement, dans le domaine artistique. J’ai fait du théâtre pendant longtemps, et j’ai aussi fait du cirque. Bref, je me sens dans mon élément lorsque je me consacre à une activité artistique. C’est pourquoi mon travail à La Gaillarde me comble : j’y retrouve tant l’aspect créatif que l’aspect humain. 

Quel est l’impact de La Gaillarde sur votre vie et vos habitudes de consommation?

Depuis que je travaille ici, je magasine davantage seconde main, et j’incite mes proches à magasiner plus écolo, plus québécois. De plus, j’ai le plaisir de découvrir des designers d’ici, et de partager mes connaissances et mes coups de cœur avec mon entourage et les clients. Par exemple, mon cardigan Harmony Walker m’attire des compliments chaque fois que je le porte! Quand quelqu’un m’en parle, j’en profite toujours pour promouvoir le travail des créateurs d’ici.

Qu’est-ce qui attire votre attention dans un vêtement?

Mon œil sera évidemment toujours attiré par des vêtements dans ma palette de couleurs : des beiges, des kakis, des bourgognes, du noir… surtout du noir. (Rires.) J’aime les pièces de style oriental et les vêtements tout-aller. Être à l’aise dans le vêtement est une priorité pour moi. Je ne porte pas beaucoup de bijoux, mais j’aime les chaussures. Mon style favori : noires, confortables, mais élégantes en même temps. Je veux pouvoir les porter tant avec des jeans qu’avec une petite robe de soirée.

Une anecdote mémorable en boutique?

(Rires.) Mon stage a commencé en force : à un moment donné, je suis entrée dans la cuisine et j’ai vu que la lumière était restée allumée. Pensant bien faire, je l’éteins, pour me rendre compte que j’avais fait griller toutes les ampoules des cabines d’essayage! Ma collègue Véro m’a bien expliqué par la suite qu’il ne fallait pas jouer avec les interrupteurs! (Rires.)

Quel est votre commerce local favori à Saint-Henri?

Comme je ne suis pas du quartier, c’est plus les filles qui me parlaient des commerces aux alentours, mais je découvre tranquillement le coin. J’aime bien prendre une bouchée chez Ôzeu & O'bœuf, qui servent de bons déjeuners.

 Les Gaillardes - Annie, Elsa, Véronique et Sarah

Les Gaillardes - Annie, Elsa, Véronique et Sarah

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

Dans les coulisses d'un défilé à La Gaillarde...

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde et Annie de Grandmont, directrice.

Lorsqu’on pense à La Gaillarde, la plupart d’entre nous penseront tout de suite à la jolie boutique et à sa mission éthique et écologique. Toutefois, si on connaît la raison d’être et le style de La Gaillarde, on en sait peut-être moins sur les événements qu’elle organise. En effet, la boutique se fait un point d’honneur de tenir chaque année plusieurs swaps et défilés dans ses locaux. Le mois dernier, nous avons découvert le travail derrière le tri et la sélection des vêtements vintage. Aujourd’hui, on se faufile dans les coulisses du prochain défilé, où Elsa et Véronique nous parlent de stylisme, de créativité et d’organisation rigoureuse.

 Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

En général, combien de semaines de travail se cachent derrière l’organisation d’un seul défilé?

ELSA : Selon l’événement, cela peut prendre de 2 à 3 mois de travail. Tout d’abord, ça nous prend un concept: quelle clientèle vise-t-on? Que veut-on accomplir avec cet événement? Bref, on répond au fameux what, where, who, why and how.

Après la théorie, la pratique : on établit notre plan de match et on commence à faire la promotion de l’événement. On travaille toujours en équipe; je n’élabore pas le concept et le plan de travail seule. Les autres Gaillardes, mais aussi les membres du conseil d’administration, y mettent chacune leur grain de sel. Une fois le concept déterminé, c’est moi qui le développe et qui l’exécute. Je m’occupe aussi de créer le flyer, de recruter les mannequins bénévoles et de choisir la musique. Encore là, j’ai de l’aide; par exemple, Annie s’occupe du contact avec les médias. Elle gère aussi le budget et les commanditaires, s’il y a lieu. Autrement dit, je m’occupe du « corps » du spectacle, et Annie se charge des questions plus techniques. Toutefois, comme pour tout ce qu’on fait en boutique, la répartition des tâches n’est pas coulée dans le béton, et on s’entraide.

Sans trop nous dévoiler vos secrets de coulisses, pouvez-vous nous parler des étapes de préparation d’un défilé maison?

ELSA : Une fois le concept choisi et la pub faite, on plonge dans le vif du sujet! Le mois avant l’événement est la période la plus occupée pour moi, car je dois finir de matérialiser nos idées: créer la chorégraphie du défilé, choisir les tenues, le maquillage et les coiffures, sélectionner les mannequins et la musique… Côté promotionnel, on continue nos démarches avec nos commanditaires et on redouble d’ardeur pour promouvoir l’événement.

Comment sélectionnez-vous les vêtements qui seront présentés?

ELSA : J’ai toujours une idée précise de ce que je recherche, mais je vais surtout y aller avec la fiabilité des mannequins, leur diversité et leur personnalité. Plus concrètement, je demande toujours aux mannequins de faire le tour de la boutique et de me donner leurs coups de cœur, pour qu’on les essaie. Mais de mon côté, je vais moi aussi choisir des ensembles, parce que les gens ont tendance à rester dans leur zone de confort. Ce que je veux, c’est éveiller les gens à de nouvelles couleurs, de nouvelles coupes, etc. C’est le fun; souvent, les gens tripent et repartent avec ce que je leur propose! (Rires.)Mon but, au-delà du défilé, c’est que la personne ressorte d’ici sur un petit nuage, avec le sentiment d’avoir vécu une belle expérience. Je trouve ça important. Tout le monde devrait se faire complimenter sur sa tenue; ça fait du bien à l’ego!

Pour en revenir aux vêtements, c’est vraiment un showroom que je présente, et non un simple défilé de mode où les filles sont statiques. Pour moi, il faut que le client s’identifie aux mannequins et aux vêtements. À l’époque, un défilé permettait à la cliente fortunée de voir les tenues du couturier sur des femmes qui lui ressemblent. Puis, peu à peu, on a voulu utiliser le défilé de mode pour vendre du rêve, et ça s’est quelque peu transformé en publicité ambulante; l’objectif de satisfaire la clientèle s’est perdu depuis l’avènement du défilé plus industriel. Je ne dis pas ça pour dénigrer les autres types de défilés, mais plutôt pour souligner que notre objectif est différent : on vise à inspirer notre clientèle, et on veut montrer que tout le monde peut s’habiller comme nos mannequins, s’ils le souhaitent. On rapproche le vêtement de la vraie vie. On essaie de ramener cette vision qui place la clientèle à l’avant-plan. Bref, on croit que le vêtement doit être au service de la cliente, et pas l’inverse. D’où, aussi, notre mission de promouvoir la diversité corporelle et culturelle dans nos shows.

 Photo Patrick Dufort

Photo Patrick Dufort

Justement, que recherchez-vous chez vos mannequins bénévoles? Comment décrirais-tu ta « brochette » idéale de mannequins?

J’ai eu de tout, dans mes défilés. Je peux avoir des gens de 50 ans et plus, d’origines culturelles variées, de tailles diverses… J’aime donner la chance à tout le monde d’être mannequins d’un jour et de se sentir à l’aise sur scène pour un défilé. J’aime aussi montrer que les filles et les gars qui défilent peuvent être bien dans leur corps, peu importe le vêtement qu’ils portent. Physiquement, si je pouvais chaque fois avoir une personne de taille forte, une personne dans la cinquantaine, plus d’hommes, plus de femmes enceintes... Ça, ça serait ma brochette de mannequins idéale. Pour le reste, j’arrive toujours à trouver : une belle diversité culturelle, des mannequins de différents groupes d’âge… par exemple, j’ai deux habituées qui sont dans la trentaine avancée, voire la quarantaine.

Par ailleurs, au fil du temps, j’ai travaillé avec tout un arc-en-ciel de personnalités : des gênées, des nonchalantes, des extraverties… Pour ma part, j’ai le béguin pour les personnes qui veulent réaliser un rêve; elles n’ont jamais fait de défilé auparavant, mais rêvent d’en faire un, au moins une fois. J’aime travailler avec elles, parce que j’ai l’impression de pouvoir les prendre sous mon aile et les guider pour qu’elles se sentent magnifiques et en confiance sur scène. Bref, j’aime l’idée d’être une sorte de Gandalf du défilé de mode! (Rires.)

Le soir du spectacle, je veux vraiment que tout le monde vive une belle expérience. Quand mes mannequins sont stressés, je vais danser avec eux en coulisses. (Rires.) En même temps, comme il y a beaucoup d’étapes pour produire un défilé, j’ai souvent l’air sérieuse et organisée, limite un peu fermée, mais le jour du spectacle, je les remercie de tout cœur! En effet, il faut rappeler que nos mannequins sont bénévoles, comme chaque personne impliquée dans le défilé, d’ailleurs. Donc même si on est parfois un peu sous pression, il faut savoir respecter nos bénévoles, s’adapter à leur disponibilité, et avoir un plan B, C, D, pour quand quelqu’un n’est soudainement plus disponible… Et tout ça transparaît dans le défilé: après, les gens viennent me parler des pièces qu’ils ont vues, ils veulent savoir s’ils peuvent les acheter... et ça, c’est mon bonbon, ma récompense! Ça veut dire que les mannequins étaient vraiment bien sur scène, et donc, que j’ai bien fait mon travail.

 Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

En terminant, pouvez-vous nous donner un petit aperçu du défilé du 13 juillet?

VÉRO : Le défilé sera axé sur 3 différents tableaux inspirés de tendances estivales que j’affectionne particulièrement: les imprimés géométriques et les années 90, les motifs fleuris et les tons pastel bleu-vert. Le défilé est composé autant de mannequins habitués de la scène que de clientes pour qui ce sera une première expérience. De plus, pour la première fois, nous aurons la chance d’avoir la performance live d’une chanteuse, Chanda T.Holmes, qui va nous interpréter l’une de ses chansons pendant le défilé. Son style s’inspire beaucoup de Lauryn Hill, qu’elle adore! D’ailleurs, elle lui ressemble un peu.

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

Le cycle de vie d’un sac de dons

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Le 1er juillet se profile à l’horizon, et vos boîtes commencent à s’empiler. Tant qu’à déménager, vous avez décidé de passer votre garde-robe au crible; pourquoi traîner du stock pour rien? Après de nombreuses heures de tergiversations, et sous les encouragements bienveillants de votre entourage, vous avez enfin réussi à accepter que vous n’alliez jamais reporter ces talons qui vous massacrent les pieds chaque fois, cette robe un peu trop petite achetée avec ce fol espoir que nous connaissons toutes, cette chemise qui ne tombe pas comme elle le devrait, ou cette cravate qu’on vous a offerte mais qui, décidément, ne vous plaît pas tellement.

Vous êtes maintenant prêt à aller porter vos sacs. Vous entrez à La Gaillarde, remettez vos sacs à la pétillante employée qui vous aura chaleureusement accueillie, et vous ressortez, victorieux, en rayant cette tâche de votre liste mentale. Puis vous cessez d’y penser, parce que d’autres tâches vous attendent.

Tout de même, ça vous a un peu étonné, quelque part, d’apprendre que non, il n’y avait aucune possibilité de recevoir un montant, même modeste, en échange de vos vêtements et accessoires. Parce que bon, si La Gaillarde revend 15 $ une petite robe obtenue gratuitement, ils doivent finir par faire de l’argent, non? Ok, c’est un OSBL, et on ne veut pas prêter de mauvaises intentions, mais… vous ne pouvez pas être le seul à vous poser des questions!

En effet. Et c’est pourquoi on a décidé de vous emmener en voyage : on vous invite à parcourir l’itinéraire de chaque morceau qui entre dans un sac de dons et qui termine sa course soit entre les mains d’un nouveau propriétaire, soit ailleurs.

Pour mieux saisir le cycle de vie d’un sac de dons, j’ai discuté avec Véronique, la pimpante responsable du vintage, qui apporte d’intéressantes réponses à des questions récurrentes.

 Photo Luc Bourgeois

Photo Luc Bourgeois

Pour nous mettre en contexte, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail?

Je dois m’assurer d’avoir les bons vêtements sur le plancher; on cherche autant que possible à offrir des vêtements de saison en bon état, tendance ou basiques. Je m’occupe aussi du marchandisage visuel; ça, c’est un peu mon dada! C’est la manière de concevoir l’espace pour mettre en valeur un maximum de vêtements, tout en facilitant le magasinage de nos clients. Ça ne paraît pas quand on entre dans la boutique, mais la configuration d’une seule section (p. ex. le vintage pour femmes) peut prendre jusqu’à cinq heures et fait appel à la créativité de deux personnes. C’est la partie la plus importante du travail, car c’est ce qui fait ressortir le potentiel des vêtements et qui donne envie aux gens de les essayer. Ce faisant, on garde en tête que souvent, les gens ne viennent pas à la Gaillarde pour acheter la même chose qu’ailleurs; ils veulent sortir de leur zone de confort vestimentaire, ou encore, leurs boutiques habituelles ne leur conviennent plus. Bref, mon travail est aussi d’aider les clients à redécouvrir leur identité vestimentaire, afin que leur garde-robe reflète encore plus qui ils sont!

Je suis également responsable de promouvoir la sélection vintage sur Facebook et d’en publier les photos. Donc, quand vous voyez des photos qui vous donnent envie de venir en boutique, c’est en partie ma faute! (Rires.) Plus sérieusement, ma mission est d’inciter les gens à venir visiter ou découvrir la boutique à l’aide de ces photos. Enfin, je m’occupe aussi des bénévoles et des stagiaires.

Puisque tu es responsable du vintage, si j’apporte un sac de dons, est-ce toi qui vas t’en occuper?

Oui, en grande partie, mais il faut dire qu’on reçoit tellement de dons que toute l’équipe met la main à la pâte.

Je te remets un sac contenant des vêtements, des chaussures et des accessoires. Quelle est la première chose que tu fais avec le sac?

Il y a beaucoup d’étapes entre la réception du sac et l’arrivée des vêtements sur le plancher. Lorsqu’on a plusieurs sacs à trier, on s’installe avec des boîtes pour les accessoires et des cintres pour les vêtements qui seront sélectionnés. On commence par regarder l’état des morceaux. S’ils sont tachés, troués, boulochés, on doit les écarter. Ces vêtements-là, on les met à part pour les envoyer à Certex. Si, à première vue, le vêtement semble en bon état, on le vérifie de près pour voir s’il est taché sous les aisselles et au col, par exemple, ou s’il y a un trou au niveau de la boucle de ceinture, des taches de gras... Si c’est le cas, encore là, on ne peut pas garder le vêtement.

Lorsqu’on a une sélection triée, on fait un troisième tour pour peaufiner le style des pièces, pour que la sélection soit cohérente et intéressante. On se fie beaucoup à la demande des clients au moment où on fait le tri. Si on constate une forte demande pour un certain style, on va s’organiser pour en offrir autant que possible. Lorsque la pièce est rétro, on est un tout petit peu plus souple par rapport à l’état du vêtement, car encore là, on essaie d’en offrir le plus possible. Donc vous savez, le vêtement qui traîne dans votre garde-robe depuis 25 ans et qui selon vous n’intéresse plus personne? Détrompez-vous! À La Gaillarde, ces pièces feraient le bonheur de nombreuses clientes!

 Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

Comment tries-tu les chaussures et les accessoires?

Comme les vêtements, en accordant une attention particulière aux matériaux utilisés pour la fabrication. De plus, avant de placer les chaussures sur le présentoir, on va leur donner un peu d’amour… et de crème hydratante. Je les remplis aussi de papier journal. Ça fait toute la différence!

Qu’arrive-t-il aux vêtements, chaussures et accessoires que tu n’as pas sélectionnés?

On a une entente d’échange de poids avec Certex. En ce sens, ils nous aident aussi, car cette entente nous aide à compléter notre sélection. On va fouiller dans d’immenses cages de vêtements. C’est très physique, très intense, et là aussi, on fait une sélection rigoureuse des pièces qu’on rapportera en boutique. On essaie de rapporter surtout du rétro.

Tu as fait ta sélection. Quelles sont les étapes suivantes?

On prend tous les vêtements qui ont passé le test. De cet ensemble, on choisit environ 15 à 20 pièces qui, d’une façon ou d’autre, sont liées entre elles : type de tissu similaire, famille de couleur, coupe, époque du vêtement, etc. Le style d’une vitrine, par exemple, est un bon indicateur de ce qui peut relier des vêtements les uns aux autres.

On les apporte ensuite à l’avant pour les passer à la vapeur. Pour vous donner une idée, traiter un seul morceau peut prendre jusqu’à 10 minutes, selon le type de tissu et la complexité du morceau! Cette étape peut donc prendre jusqu’à une heure et demie de travail continu. Après, il faut les étiqueter. Le prix est évalué en fonction de la qualité du vêtement et de sa rareté. La popularité d’un morceau peut aussi avoir une incidence sur le prix, mais toujours de façon raisonnable, évidemment. En moyenne, je dirais que l’étiquetage prend à peu près une demi-heure. Enfin, on les place à l’endroit de la boutique où ils seront mis en valeur au maximum et de façon à ce que les clients intéressés à ce type de pièces les trouvent le plus rapidement possible.

Quelle quantité de dons reçois-tu en moyenne chaque semaine?

C’est variable selon la période de l’année. Le printemps est la période la plus riche en dons! Nous pouvons recevoir l’équivalent d’une quinzaine de sacs poubelle bien pleins par semaine!

Dans ta semaine de travail, quelle proportion de temps passes-tu à gérer les dons et à préparer les vêtements retenus pour le plancher?

Je dirais qu’en moyenne, le tiers de mon temps en boutique est consacré à gérer tout ce qui est en lien aux dons, du tri à l’étiquetage, sans compter le temps consacré à l’organisation de la marchandise en boutique.

 Photo Jon Brooks

Photo Jon Brooks

Après combien de temps un invendu se retrouve-t-il dans la section à 50 %?

En moyenne, après un mois et demi à deux mois. C’est difficile à évaluer, mais je crois qu’il y a environ le quart de la marchandise qui finit par se retrouver en bas. Notre objectif est d’en descendre le moins possible.

Vous recevez visiblement beaucoup de dons, ce qui est super! As-tu des trucs à donner aux gens pour t’aider à accélérer le processus de tri?

Tout d’abord, ne rejetez pas un vêtement que vous voulez donner à cause de son style; mis dans un autre contexte, ce vêtement peut être super intéressant pour quelqu’un d’autre! N’hésitez donc pas à nous donner vos trouvailles archéologiques vestimentaires, ce sont nos favorites! On ne le dira jamais assez : vos fonds de garde-robe, c’est notre caverne d’Ali Baba!

Un don de rêve, pour moi, est un don déjà divisé en différents sacs : un qui contient les morceaux un peu plus défraîchis et les pyjamas, et un autre pour le reste. Vous n’avez qu’à nous dire lequel est lequel, et on s’occupe du reste! Enfin, idéalement, les vêtements ont été lavés depuis leur dernière utilisation.

As-tu quelque chose à ajouter pour conclure?

Oui! Il est impossible de faire tout ce travail seule; on travaille toujours en équipe, et les filles me sont d’une aide précieuse. On s’entraide constamment pour accomplir toutes nos tâches, c’est notre philosophie! Mais peu importe la quantité de travail à abattre, nos clients passent toujours avant le reste!

Merci beaucoup de m’avoir consacré du temps aujourd’hui, et félicitations pour le super travail!

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

Entrevue avec les gagnantes du Concours Marque Gaillarde 2016

La blogueuse Hélène Bourget en entrevue avec les deux gagnantes du Concours Marque Gaillarde Édition 2016 - Noémie Giasson, gagnante du prix Choix du Jury, et Élyse Guay, gagnante du prix Choix du Public.

QU’EST-CE QUI T’AS INCITÉE À PARTICIPER AU CONCOURS MARQUE GAILLARDE?

ÉLYSE GUAY : Par intérêt, tout d’abord, et aussi parce que j’aimais le défi de faire quelque chose de réutilisable et d’économique. Je trouvais le concept vraiment intéressant et le fun! De plus, le fait que ce soit un concours était un plus pour moi, car il est bien vu dans mon programme de participer à des concours. 

NOÉMIE GIASSON : C’est un concours assez complet : on passe par toutes les étapes de la conception et de la production du vêtement, en plus d’avoir de nombreuses contraintes à respecter. Pour un étudiant en 2e année, c’est une excellente occasion d’avoir un aperçu de comment ça se passe dans l’industrie, et ça constitue une bonne préparation à ce qui nous attend l’année prochaine.

QUE CONNAISSAIS-TU À L’ÉCODESIGN AVANT DE CONNAÎTRE LA GAILLARDE ET LEUR CONCOURS?

NG : Je n’avais pas une immense connaissance de l’écodesign, mais c’est certain que toute cette question me touche beaucoup sur le plan éthique. On voit partout des gens qui exhibent leurs nouveaux chandails à 5 $, leurs sneakers à 15 $, contents de l’aubaine. D’accord, tu as eu des vêtements pour pas cher, et il y a toujours de nouveaux arrivages en magasins, mais as-tu conscience de l’exploitation des gens qui fabriquent ton linge? Es-tu au courant des rivières contaminées, des gens quidéveloppent le cancer à cause de ça?

EG : J’avais quelques notions d’écodesign avant de participer au concours, car j’en avais entendu parler quand j’étais en première année de ma technique. Je connaissais donc le concept, mais c’est vraiment en deuxième année, et encore plus lors de ma participation au concours, que mon intérêt pour l’écodesign s’est éveillé et a pris de l’ampleur. C’est là que j’ai réalisé que ce n’était pas si compliqué que ça de faire des choses qui sont bonnes pour la Terre, de réaliser des projets de manière éthique et écologique. Je pense vraiment que c’est ce qu’on doit faire, et je veux m’en aller par là.

PEUX-TU NOUS PARLER DE TES SOURCES D’INSPIRATION ET DE LA DÉMARCHE DERRIÈRE LA CRÉATION PRÉSENTÉE AU DÉFILÉ?

EG : Une conférence pour nous présenter le concours a eu lieu à l’école. J’y ai assisté avec intérêt, mais sur le coup, je n’étais pas sûre d’y participer. Je me suis dit que j’allais dormir là-dessus et voir ce qui en ressortirait. J’y ai réfléchi pendant des semaines! Puis, un jour, je me suis dit : « Ce serait tellement le fun, un vêtement réversible. » C’est vrai : ça permet de changer de style assez facilement, juste en retournant le vêtement. En même temps, je voulais présenter une création urbaine, tendance. À partir de là, j’ai fait quelques croquis. J’ai aussi fait pas mal de recherche, parce que la réalisation d’un bon vêtement réversible impose des contraintes additionnelles; il faut s’organiser pour que la finition soit belle des deux côtés, garder en tête que, par exemple, une boutonnière ne se retourne pas, etc.  Pendant toutes les étapes du projet, la question qui me guidait était : « Qu’est-ce que la femme de bureau d’aujourd’hui veut? »

Quand j’ai présenté le vêtement au défilé à La Gaillarde, la première fois que le mannequin a retourné le manteau, j’ai été tellement touchée de la réaction du public! C’était la première fois que je présentais une de mes créations dans un défilé, alors j’ai été d’autant plus émue par la réaction du public. Je suis aussi touchée d’avoir gagné le choix du public; je trouve que c’est vraiment un beau prix, car ça veut dire que j’ai réussi à toucher les gens avec ma création. En ce sens, je considère avoir rempli ma mission.

NG : Je voulais surtout créer quelque chose qui respecterait à la fois mon style et les contraintes du concours. Il était aussi important pour moi de créer quelque chose qui allait durer, qui pouvait s’inscrire dans la slow fashion. À cet égard, je voulais faire au moins trois saisons. Je me suis posé beaucoup de questions : qu’est-ce qui va durer? Qu’est-ce qui va respecter l’éthique de la boutique et le style de sa clientèle? Mais en fin de compte, ce sont les tissus qui m’ont inspirée. C’est vraiment en les voyant et en les touchant que j’ai eu mon illumination. C’est un grand mot, mais c’est vraiment là que ça s’est passé. (Rires.) Tu peux imaginer et dessiner tant que tu veux, mais c’est en voyant le matériel avec lequel tu travailleras que ça a cliqué pour moi. Pour expliquer plus précisément, le concours prévoyait un lot de tissus, un mélange de surplus de production. Chaque candidat devait incorporer à sa création une certaine proportion de tissu provenant de ce lot. Et une fois que j’ai choisi mes tissus, l’illumination : j’ai dessiné mon manteau sur le coin de mon bureau, pendant un cours de français.

QU’EST-CE QUI T’A LE PLUS MARQUÉE DE TON EXPÉRIENCE MARQUE GAILLARDE?

NG : Le nombre de toiles qu’il faut faire pour s’assurer que le vêtement soit beau! À l’école, on n’a pas encore vu tout le processus du patron. Là, il fallait vraiment que j’assume ce que j’avais dessiné. Au début, je voulais faire une manche raglan avec un col montant, deux techniques que je n’avais pas vues encore. Il a fallu que je me réajuste. La « toile » en question, c’est un tissu en coton jaune, dans lequel tu tailles pour aller chercher le tombé du vêtement. Chaque petit détail de travers ressort, ça ne pardonne pas! Il faut donc des heures et des heures d’ajustement pour arriver au résultat souhaité. J’ai passé des soirées complètes à faire les ajustements sur toile. J’ai aussi trouvé difficile le fait que nous n’avions pas accès à beaucoup de tissu. À cause de cela, j’ai dû faire ma réflexion en amont. C’est tellement important de faire des tests avec le vêtement! Dans le cas du concours, nous n’avions pas cette marge de manœuvre, puisque le but était d’utiliser les surplus de production qu’on avait. Heureusement, j’ai été chanceuse, je n’ai pas eu trop de problèmes... sauf le bris d’une machine, toute une saga! Le temps de la faire réparer et de la réajuster, ça a pris une demi-journée.

EG : Pas nécessairement la soirée du défilé comme telle, parce que c’était tellement bien organisé et le fun qu’il n’y avait rien de difficile là-dedans! (Rires.)Je dirais que j’ai surtout été marquée par tout le processus en arrière de la production du manteau. Je voulais vraiment que tout soit parfait : j’ai fait 5 toiles, je suis virée folle! (Rires.) J’ai tellement appris au fil des étapes du concours, je me sens vraiment prête pour ma troisième année. Là où on en est, en deuxième année, on n’a pas encore fait l’expérience du processus de production complet; on fait du dessin, mais les autres étapes du processus viendront plus vers la fin de la session. Pour le concours, nous étions vraiment laissées à nous-mêmes, du patron aux ajustements finaux, alors ça a été tout un défi. On pouvait aller voir Sonia [Sonia Paradis de la Fabrique Éthique, NDLR] avec des questions, mais en gros, on menait notre barque nous-mêmes. Et le temps que ça prend! J’ai passé toute ma semaine de relâche à seulement coudre mon manteau, après avoir fait le patron.  

COMMENT PENSES-TU INTÉGRER TES  ACQUIS DU CONCOURS À TES PROCHAINS PROJETS?

EG : À court terme, pour ma troisième année, je dirais être un peu moins perfectionniste! Pour la suite, une fois sur le marché du travail, j’aimerais faire particulièrement attention à où je travaillerai; le concours a vraiment été un wake-up call pour moi, alors c’est vraiment important pour moi que mon milieu de travail respecte les gens impliqués. Bref, une des choses que je retire du concours, c’est que je veux vraiment aller vers l’écodesign. Par ailleurs, j’ai vraiment aimé créer un vêtement réversible! Si je travaille un jour à créer une collection, je voudrais vraiment y inclure des pièces réversibles; je trouve ça tellement beau à voir. J’aime aussi l’aspect casse-tête de ce type de projet; comme il y a des contraintes de plus, c’est un défi amusant d’y trouver des solutions! Je trouve aussi qu’on a une idée un peu négative des vêtements réversibles : ça peut être fonctionnel, mais pas vraiment beau, ni glamour. J’aurais envie de casser cette image. C’est un peu comme le vêtement écologique, en fait : il y a encore une espèce de préjugé voulant que le linge éthique, c’est grano, c’est pas élégant, etc. Pourtant, quand on entre chez La Gaillarde, TOUT est beau! C’est une perception qui doit changer, tant pour le réversible que pour le vêtement écologique. Heureusement, la perception du vêtement écologique ou recyclé est en train de changer, et pour le mieux.  

NG : TOUJOURS prévoir le quintuple du temps que tu penses que ça va prendre! (Rires.) Pour le patron, ça a super bien été; je suis allée à l’atelier les 22 et 23 décembre, et j’ai réussi à le terminer. Après, comme l’atelier était fermé pendant les Fêtes, j’ai essayé d’avancer le projet de la maison. Essaie de tailler ton tissu dans ton chat est toujours dans tes jambes! (Rires.) Lors de la réouverture de l’atelier, en janvier, je me disais : « Bah, les deux premières semaines de janvier seront tranquilles, j’aurai le temps de finir. » (Rires.) Ma planification était tellement mauvaise! J’ai fini la veille, même si je pensais clencher ça en deux semaines. Je vais donc pouvoir adapter mes méthodes de travail pour être plus efficace à l’avenir. Côté éthique, la formation avec Sonia [de la Fabrique Éthique, NDLR] va me permettre d’en découvrir plus. Par ailleurs, quand on arrive en troisième année, on a le choix de se spécialiser en fourrure ou non. Pour ma part, j’aimerais ça, même si le port de fourrure est maintenant très mal vu. Il y a tellement de possibilités de patchwork et de recyclage, tellement de manteaux de fourrure qui traînent dans les garde-robes de nos grands-mères, inutilisés.   

QUELS SONT TES PROCHAINS PROJETS?

EG : À court terme, finir mes études, en beauté j’espère. J’aimerais ensuite aller à l’université. Je ne sais pas encore dans quel programme, mais j’aimerais continuer en mode, car j’ai toujours voulu travailler dans ce domaine. Je couds depuis l’âge de huit ans! Après mes études, j’aimerais essayer l’industrie pour créer et prendre de l’expérience. Je ne sais pas si je partirais ma propre ligne, par contre; je ne pense pas avoir la fibre entrepreneuriale assez développée. Ce qui est sûr, c’est que je veux créer, mais sinon, je ne fais pas de grands projets 10 ans d’avance. Je préfère me laisser guider par la vie!

NG : À long terme, c’est sûr que j’aimerais avoir ma ligne, mais ça prend bien sûr beaucoup d’expérience. C’est pourquoi j’aimerais aller chercher de l’expérience en entreprise avant de me lancer là-dedans, car une fois que tu te lances, tu dois t’y lancer à 100 %. Je dois aussi me poser des questions : je vise quelle clientèle, quelle échelle de prix? Ce qui est certain, en tout cas, c’est que je veux faire ça local. Pour l’aspect éthique, oui, mais aussi une question de confiance : on entend des histoires d’horreur de productions qui reviennent et qui sont inadéquates. J’aime autant mieux engager des gens et de l’expertise d’ici et avoir l’œil sur ce qui se passe. À court terme, on a un stage obligatoire l’an prochain, et j’ai eu la chance d’être choisie pour faire mon stage en Chine. On visitera des usines, des universités et un lycée de mode. Je ferai aussi un stage avec Dominique Ouzilleau, dont la réputation en matière de recyclage de fourrure n’est plus à faire.

À LA LUMIÈRE DE TON EXPÉRIENCE, QUEL CONSEIL DONNERAIS-TU À QUELQU’UN QUI SOUHAITE PARTICIPER À LA PROCHAINE ÉDITION DU CONCOURS?

EG : Le même conseil qu’une des deux gagnantes de l’an dernier nous avait donné : pensez au temps que ça va vous prendre, parce que ça peut devenir difficile à gérer avec le reste du travail à faire pour l’école. J’avoue que ce conseil m’était un peu entré par une oreille et ressorti par l’autre… (Rires.) Donc non seulement je redonnerais le même conseil, mais je mettrais vraiment l’emphase dessus! Estime le temps que ça te prendrait pour compléter le projet, et multiplie au moins par deux, parce qu’il y aura toujours des imprévus! Mais c’est tellement une belle expérience, et on a vraiment l’occasion de grandir de ça. Le plus important? S’impliquer à 100 % dans son projet! 

NG : Lance-toi sans réserve! Fais-toi confiance, fais confiance à tes idées. Fais-toi jusqu’à un plan F s’il faut. Rien ne se passera comme tu l’avais prévu, mais ne laisse pas ça te décourager. Et surtout, ne sous-estime pas la charge de travail!!

QUESTION BONI : ÇA FAIT QUOI DE SAVOIR QUE TON MANTEAU SERA PRODUIT PAR LA GAILLARDE?

NG : C’est vraiment le fun! Je n’ai pas encore eu les détails de production, mais j’aurai ma propre étiquette. Ça me stresse, car ça va rester, donc je dois faire quelque chose de beau! Pas une étiquette drabe écrite en Times New Roman 12! (Rires.)

Concours Marque Gaillarde 2016 : Mode éthique magnétique

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

À l’invitation d’Annie De Grandmont, directrice de La Gaillarde, j’ai eu le plaisir d’assister le 20 avril dernier au défilé du concours Marque Gaillarde. Cette soirée constituait le point culminant de la troisième édition du concours, organisé en collaboration avec la Fabrique Éthique et l'école de mode du Cégep Marie-Victorin, et qui a comme objectif de contribuer à l’émergence et à la valorisation d’une relève en mode éthique québécoise.

À mon arrivée un peu avant 18 h 30, tout est prêt, et les invités commencent à affluer. Sourire aux lèvres et rose aux joues, les Gaillardes et leurs bénévoles s’affairent à mettre la touche finale aux préparatifs de la soirée. Les filles ont mis le paquet : les étalages se sont volatilisés pour faire place à une passerelle drapée de blanc. Après avoir fait le tour de la boutique, je me suis discrètement placée au fond de la salle, près de la table du jury, d’où j’avais une vue parfaite tant sur la passerelle que sur le public. Les invités jasent et font leur magasinage, verres et cupcakes à la main. L’ambiance est à la fête et il y a de l’effervescence dans l’air. 

 Noémie Giasson, gagnante du Concours 2016, avec la mannequin portant son manteau

Noémie Giasson, gagnante du Concours 2016, avec la mannequin portant son manteau

Puis le spectacle commence. Les mannequins nous présentent les créations des cinq finalistes. Le thème cette année était le Dress Coat, autour duquel les filles ont dû travailler en utilisant des matériaux recyclés et en respectant plusieurs contraintes, de la conception à la confection. Les créations sont superbes, les tissus, somptueux, et le tombé des manteaux, impeccable. Chacune des finalistes possède un style qui lui est propre, mais l’ensemble forme un tout harmonieux. En regardant les mannequins défiler sous les murmures approbateurs et les applaudissements, non seulement avais-je envie de toucher et d’essayer chacun des morceaux, mais je réalisais, lentement mais sûrement, l’ampleur des efforts déployés pour en arriver à ce superbe résultat. Les filles ont toute mon admiration!

Pendant que le jury délibère, le public est lui aussi appelé à voter pour son dress coat favori. Quelques minutes plus tard, la surprise : un autre défilé concocté par Elsa, styliste de la Gaillarde, et consacré aux collections printemps-été des designers québécois offerts en boutique. Les mannequins, tous plus rayonnants les uns que les autres, nous ont présenté un éventail de tenues pour tous les goûts, au son d’une compilation de succès des années 90 pas piquée des vers.

Après ce deuxième numéro, le moment tant attendu : on révèle le choix du public et le jury rend son verdict. La soirée se termine dans l’allégresse et les gagnantes sont radieuses. Félicitations aux organisateurs du concours Marque Gaillarde, qui offre aux étudiants en mode l’occasion d’allier créativité et conscience écologique. Quel sera le thème de la prochaine édition?

Félicitations également aux deux gagnantes, Élise Guay, Choix du public, et Noémie Giasson, Choix du jury et grande gagnante. En plus de recevoir une bourse de 300 $, Noémie verra sa tenue produite et mise en vente à La Gaillarde à l’automne prochain. Les deux gagnantes recevront également une formation en écoconception d’une valeur de 750 $, offerte par La Fabrique Éthique.

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

 Le manteau Choix du Public, fait par Élyse Guay

Le manteau Choix du Public, fait par Élyse Guay

 Les manteaux des 5 finalistes, présentés dans la vitrine

Les manteaux des 5 finalistes, présentés dans la vitrine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pourquoi pas La Gaillarde?

Par Hélène Bourget, blogueuse bénévole pour La Gaillarde

Autant ne rien vous cacher : j’ai mis longtemps à m’intéresser au seconde main. Peu portée sur le magasinage, je n’avais aucune envie d’aller fouiller dans des montagnes de vêtements usagés dans l’espoir de trouver LA perle rare. Mes premières incursions dans l’univers du seconde main avaient malheureusement confirmé ma première impression : fourrager du vieux linge, c’est pas vraiment l’fun. À l’époque où mes amies et moi étions investies de la périlleuse mission de dénicher la robe de bal parfaite, les filles, moins regardantes que moi, m’ont traînée chez La Gaillarde, malgré mon enthousiasme plus que défaillant.

Ce fut une vraie révélation. Du haut de mes dix-sept ans, j’ai ravalé tous mes préjugés et j’ai découvert le plaisir fou de regarder, toucher, découvrir des vêtements, des souliers et des accessoires que je n’aurais jamais vus au centre commercial près de chez moi. Comment avais-je pu penser qu’une pièce seconde main devait forcément être moche et défraîchie?

J’ai tout aimé, tout de suite. D’abord, la boutique elle-même; le local est propre (les vêtements sont même passés à la vapeur avant d’être mis sur le plancher), la présentation soignée, et contrairement à d’autres boutiques seconde main où on a l’impression que la règle d’or est d’entasser le plus de stock possible sur le plancher, on y respire bien. Les cosmétiques, les accessoires et les bijoux sont répartis sur la surface de vente avec un goût discret. L’atmosphère est tranquille, détendue, et les employées, chaleureuses et accueillantes. Le contraste entre le cachet de La Gaillarde et les boutiques de vêtements mainstream était plus que bienvenu.

 

Et c’est relax. On peut y folâtrer à notre guise, en prenant notre temps, et c’est tant mieux; on a envie de tout essayer. La section seconde main, comme dans toute friperie, est un peu comme une loterie : des fois, la récolte est bonne pour nous, des fois, on ressort les mains vides. Mais chaque fois, c’est un plaisir d’explorer la boutique.

Lorsque l’employée qui nous a accueillies a appris que c’était ma première visite, elle s’est empressée de m’expliquer la mission de l’organisme. Malgré ma fibre environnementale très sensible, je ne m’étais jamais arrêtée à réfléchir à la provenance de mes vêtements ni sur les procédés de fabrication derrière ce qu’on porte chaque jour. Comme tout le monde, je connaissais l’horreur des sweatshops, mais pas plus; je voulais seulement m’habiller joliment pour moins cher.

Je suis ressortie de cette première visite les mains vides, mais la tête pleine de questions. Comment avais-je pu, jusque-là, ne pas m’arrêter à penser à toutes les ressources qui entraient dans la confection des vêtements que je cherchais à payer le moins cher possible? Les retailles de tissu, les échantillons, les immenses ballots de tissu produits en quantité industrielle mais jamais utilisés, on en fait quoi? Comment les boutiques gèrent-elles leurs invendus? Et notre vieux linge à nous, une fois notre grosse poche balancée dans les bins à vêtements qui parsèment la ville, il va où?

La Gaillarde, entre autres choses, s’ingénie à offrir des réponses à ces multiples questions. En effet, un des éléments centraux de leur mission est de réduire le gaspillage des matières textiles et favoriser le plus possible leur réutilisation. Cet objectif a ouvert la porte à de nombreuses initiatives qui font de La Gaillarde un endroit vraiment unique : on trouve sous le même toit vêtements vintage, tissus et boutons en vrac, et créations de designers québécois. On pourrait croire que confections de créateurs et vêtements usagés ne feraient pas bon ménage – d’autant qu’on n’imagine pas forcément les amateurs de fripes s’intéresser aux design québécois, et vice-versa –, mais l’ensemble est harmonieux, et renvoie à ce qui fait battre le cœur de La Gaillarde : protéger l’environnement et stimuler l’économie locale en mettant l’accent sur le design éthique et sur la créativité des gens d’ici.

Je crois que nombreux sont les gens qui, comme moi pendant l’adolescence, trouvent intérêt aux questions sociales et environnementales, sans forcément s’être interrogés sur l’impact de leur garde-robe. Au cours de ses quinze ans d’existence, La Gaillarde a réussi à inciter de plus en plus de citoyens à revoir leur façon de s’habiller et à y trouver du plaisir. Pourquoi ne pas vous laisser tenter à votre tour?  

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Hélène Bourget : Amoureuse de son Sud-Ouest natal, lectrice avide, introvertie enjouée, blogueuse bénévole pour La Gaillarde.

Des astuces pour s'habiller éthiquement

Entrevue avec Annie de Grandmont, directrice de La Gaillarde, en collaboration avec le Blog Mode Montréal

La Gaillarde est une entreprise d’économie sociale à but non lucratif qui œuvre depuis plus de 15 ans dans le domaine de la mode écologique locale. Cette pionnière de l’écodesign a pour mission de promouvoir la réduction et la réutilisation des matières textiles, en plus de soutenir et d’encadrer les éco-créateurs québécois.

La boutique offre une vaste sélection de vêtements seconde main de qualité pour hommes et femmes ainsi que les collections de plus de 50 designers d’ici. Des défilés et des événements ouverts à tous sont régulièrement présentés sur place afin de promouvoir la création québécoise. Un concours annuel a également été lancé auprès des étudiants en mode du Cégep Marie-Victorin. Intitulé Concours Marque Gaillarde, il vise à soutenir et promouvoir la relève en mode éthique locale.
 

Qu’est-ce qui vous a incité à lancer le concept de La Gaillarde?

C’est en voyant le grand gaspillage des vêtements et les nombreux préjugés concernant les friperies que l’idée de La Gaillarde est née. Nous souhaitions proposer une boutique à la présentation soignée et offrir une sélection de vêtements de grande qualité afin de présenter la friperie sous son meilleur jour. Nous avions comme objectif de populariser la mode éthique et de rendre l’achat seconde main plus attrayant. Mission accomplie, puisqu’au cours des 15 dernières années, les boutiques vintage et friperies sont maintenant des commerces largement courus!

À votre avis, quelles sont les solutions envisageables pour contrebalancer l’empreinte écologique laissée par l’industrie de la mode?

Il y en a plusieurs! Consommer moins et mieux, en se questionnant sur nos besoins réels et en s’assurant que le vêtement convoité est durable, de bonne qualité et s’agence bien avec le reste de notre garde-robe. Il est tentant d’acheter impulsivement une pièce en solde, mais cela encourage la surproduction et a un impact sur l’environnement. Il est maintenant possible d’acheter seconde main dans les friperies ou de choisir une pièce faite localement par un créateur québécois afin de soutenir le marché local.

On peut aussi modifier ou rapiécer nos vieux vêtements légèrement endommagés ou même organiser des échanges de vêtements entre copines. En dépensant moins d’argent sur des vêtements de moindre qualité qui seront peu portés, on peut investir sur quelques belles pièces haut de gamme intemporelles.

À petite échelle, quels sont les moyens qu’un individu peut prendre pour prolonger la durée de vie de ses vêtements?

Réduire la fréquence de nos lavages et laver à cycle délicat, éviter l’utilisation de la sécheuse, sélectionner des vêtements durables et de bonne qualité à la base afin d’éviter, par exemple, les tissus qui boulochent rapidement.

Des habitudes faciles à adopter qui prouvent que les petits gestes peuvent faire une différence.

Maryse Fournelle - Présidente du conseil d'administration

Saviez-vous que La Gaillarde est un organisme à but non lucratif dirigé par plusieurs membres bénévoles? 
Petite entrevue avec Maryse, présidente du conseil d'administration à La Gaillarde.

Pourquoi vous impliquez-vous en tant que membre du Conseil d’administration de La Gaillarde ?

Professionnelle du vêtement, du milieu de la  mode et du commerce de détail, j’ai cumulé un parcours de plus d’une vingtaine d’années d’expérience. J’ai la fibre écologique sensible, j’aime vivre près de la nature et je suis soucieuse des conséquences que nous réserve le réchauffement climatique.  En 2011, je suis tombée sous le charme de l’équipe de La Gaillarde et de sa mission. Je me suis spontanément impliquée afin de mettre à profits mes connaissances et mes compétences.

En quoi La Gaillarde et sa mission fait une différence, selon vous ?

Grande consommatrice de vêtements, j’ai depuis longtemps conscience de la pollution  liée à la consommation des textiles. La Gaillarde, par sa démarche de récupération et de réutilisation des vêtements délaissés de nos garde-robes, cherche non seulement à aider les gens à plus faibles revenus mais aussi à nous  sensibiliser à la consommation responsable. Mieux encore, elle encourage la mode locale et aide les jeunes créateurs d’ici à percer dans ce milieu aride et extrêmement compétitif.

 Quelle est votre marque locale favorite ?

J’ai souvent des coups de cœur pour Cherry Bobin et Meemoza.

 Quel est votre geste écolo quotidien ?

Depuis un an, j’ai cessé de manger de la viande. Je contribue ainsi à réduire mon impact sur les gaz à effet de serre et sur l’élevage extensif. Curieusement, ma digestion s’est vue grandement améliorée.